Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
   
  CLAIRE - Dépt. 80

MON RESSENTI SUR LA FORMATION DE BASE EN TECHNIQUES PSYCHOMUSICALES ET MUSICOTHÉRAPIE

Quand j'ai intégré le groupe 49 pour aborder les techniques psychomusicales et la musicothérapie, j'étais très heureuse car cela faisait quatre fois que je demandais l'accès à ce cycle d'étude par l'intermédiaire d'un congé individuel de formation. Mais je dois dire que je ne m'attendais pas à ce style d'enseignement.

Je m'étais fait une idée finalement très fausse de la musicothérapie durant mes deux ans d'attente. Au travers des livres que j'avais pu consulter, cela m'apparaissait facile d'accès, coulant de source et surtout uniquement destiné aux élèves avec qui je travaille depuis dix ans. Étant de formation classique (conservatoire National de Région et Maîtrise de musicologie à la Sorbonne), je m'attendais à des cours assez magistraux et non à une mise en pratique plutôt surprenante ou même déroutante au départ. Car j'ai découvert avec stupeur que la formation bousculait tout le monde y compris moi qui pensais savoir beaucoup de choses et continuer tranquillement mon chemin. Pourtant S. Braun m'avait prévenue des effets que pouvait causer la formation, qu'elle remuait tout le monde et que les personnes un peu fragiles ne résistaient pas. Mais je suis comme St Thomas. Et je dois dire que pour voir, j'ai vu.

J'ai choisi le C.I.M pour plusieurs raisons : le fait que ce soit la première école de musicothérapie qui ait existé en France, la souplesse du système des semaines de formation réparties sur un an et demi, ce qui permet de mieux digérer ce que l'on apprend, de prendre du recul, de lire une partie de ce qui nous est conseillé et de pratiquer. Ce qui m'a également attirée, c'est la diversité des intervenants et le nombre des sujets abordés. En effet, je ne pensais pas avant de commencer que la musicothérapie pouvait s'appliquer aux personnes âgées, au milieu carcéral ou à l'alcoolisme.
J'ai trouvé les intervenants de grande qualité, avec une écoute immense, un amour de leur métier absolument incroyable et un humanisme impressionnant. Certains d'entre eux m'ont plus marquée, soit par leur intervention, leur personnalité ou le sujet abordé qui m'a ôté des idées préconçues. Cela permet aussi de recouper, comparer les pratiques et cela m'a donné de nombreuses pistes pour pratiquer au quotidien.

Il y a plusieurs personnes que j'aurais aimé voir plus souvent Françoise Rouvery, Jacqueline Rivière, Dominique Laudet, Vincent Bodu ou Marthe le Marchand qui m'ont apporté beaucoup plus que je ne pensais. J'avais, des à-priori sur le sujet qu'ils devaient aborder et j'ai été séduite par leur enthousiasme, leur passion, et leur disponibilité.

J'ai été très impressionnée par la personnalité d'Anaïs de Tinguy Simon et de Christine Gatelet mais aussi par l'écoute de Renate Magnier, Arlette Morin, Yolanda Vacaïtis, et de Nicole Mozzanino. Je dois d'ailleurs un grand merci à Nicole car pendant la formation, j'ai eu le malheur de perdre mon père adoptif, décédé des suites d'un cancer et après de nombreuses souffrances. Il a disparu un dimanche matin et le lundi, nous commencions la journée avec Nicole. J'avais tenu à venir car rien ne sert de pleurer dans son coin et de se morfondre, peut-être aussi par lâcheté vis-à-vis de la douleur de ma famille. Comme nous devions dire comment nous nous sentions, cela fut très difficile pour moi et Nicole a organisé, rien que pour moi, une séance avec la participation de tout mon groupe. J'ai vécu quelque chose de très fort et d'incroyable, difficile à expliquer et à faire partager. Mais toujours est-il que la musique qui a été jouée pour moi à ce moment particulier m'a fait beaucoup de bien et que je ne suis pas prête d'oublier cet instant. Là, J'étais en plein dans la musicothérapie.

La formation, de par ses intervenants de tous horizons, est très ouverte. Ce que j'ai beaucoup aimé et que j'utilise maintenant c'est l'aromathérapie et j'essaie de varier les odeurs. J'utilise aussi les accessoires pour l'expression corporelle : les rubans de gymnaste, les balles, les ballons, ou encore les tissus très colorés par terre qui mettent de bonne humeur et apportent un peu de chaleur. Ces petits détails peuvent passer inaperçus tant qu'on ne les a pas expérimentés, mais une fois qu'on y a goûté, c'est difficile de s'en passer. C'est le petit plus qui fait la différence dans l'accueil, dans la chaleur, dans l'authenticité d'une rencontre. Utiliser d'autres supports permet aussi de se sentir protégé. Avec les rubans ou les ballons, les élèves que je reçois peuvent considérer que ce n'est pas leur expression corporelle qui est mise en avant mais l'adresse des mains et pourtant, peu à peu leurs corps se libère, parle, c'est ce qui est intéressant.

Ce qui m'a beaucoup apporté aussi, c'est le travail avec J-M Bolangassa et tout le côté rythmique et corporel. Maintenant, quand j'entends une musique qui me parle, je ne peux pas m'empêcher de me mettre à danser ou du moins à bouger, c'est automatique.
Grâce à toutes ces personnes, j'ai approfondi mon désir d'utiliser la musique autrement. J'ai également confirmé ce que je pense depuis longtemps : il n'y a pas que l'enseignement traditionnel et classique qui est ma voie et que, à la limite, cela commençait même à m'ennuyer. Ce qui est devenu très clair aussi, c'est que en étant dans un moule classique depuis des années et des années, j'avais éteint la dernière parcelle de fantaisie et de liberté en moi et je ne m'autorisais même pas à improviser sur le piano, ou rythmiquement. Ce que je produisais me paraissait trop nul et de toute façon, j'étais bien trop coincée par le fait que n'avais pas appris et que l'on allait me juger. Même mon cerveau m'empêchait d'agir alors qu'il suffit d'écouter son coeur, son instinct et se faire plaisir. Quoi de plus simple mais aussi de monstrueusement compliqué ! Il n'y a rien de plus naturel que de se mettre en mouvement quand on écoute une musique rythmée ou de participer soi-même dans la mesure du possible et en restant discret si cela s'impose.

La formation de base en techniques psychomusicales m'a permis de découvrir ou plutôt de clarifier les sentiments que je pouvais éprouver vis à vis de telle ou telle musique. Je pouvais ressentir physiquement, en ayant des frissons ou la chair de poule, des oeuvres comme par exemple la fin de Don Giovanni de Mozart mais je ne m'étais jamais demandé pourquoi j'avais cette réaction physique très forte que je mettais sur le compte de l'émotion esthétique. Je n'avais jamais appris à décortiquer mes ressentis et encore moins à les exprimer puisque au Conservatoire, ce que l'on nous apprend, c'est à disséquer la musique, à chercher comment elle est construite.

Maintenant, je me pose plus de questions sur mes ressentis, je creuse dans ma mémoire, mon enfance, mon inconscient. J'ai même parfois l'impression de me poser trop de questions et de tourner en rond mais une fois que l'engrenage est commencé, il est impossible de s'en défaire. Loin de me gêner dans mon parcours, cela m'aide dans ma pratique quotidienne auprès des enfants handicapés visuels dont je m'occupe.

Parmi les exercices que nous avons faits au cours de la formation, les deux qui m'ont le plus marqué sont : le montage sonore qui devait nous représenter et le montage pour la séance de relaxation. Il est assez étonnant de voir à quel point une musique peut parler de celui qui l'écoute. C'est un point auquel je n'avais jamais réfléchi, mon écoute de la musique se résumant jusqu'alors à " j'aime ou je n'aime pas ". Le montage pour la séance de relaxation était aussi très important. Pour presque tous, nous avons eu la surprise de voir que chez nous la musique nous semblait convenir et, une fois dans la salle, devant les autres, avec une écoute dans des conditions différentes à tous les niveaux, cette même musique était changée.

J'aurais aimé avoir plus de temps d'écoute musicale en ce qui concerne la recherche des musiques de détente ou de décharge des tensions. C'est très enrichissant de pouvoir en écouter et en discuter ensemble. Et cela nous permet d'élargir notre horizon musical. C'est aussi un point que j'ai énormément apprécié dans la formation : la découverte d'autres musiques. Cela m'a permis de regarder dans d'autres domaines que ceux que je connais et que j'écoute habituellement.

Il aurait été intéressant de pouvoir rencontrer des musicothérapeutes sur leurs lieux de travail ou de pouvoir expérimenter sous l'oeil de quelqu'un de compétent, de faire des sortes de stages ou de classes pratiques. J'ai la chance de pouvoir pratiquer dans mon institution et d'avoir provoqué la mise en place de séance de relaxation pour les enfants dont je m'occupe, mais il est vrai que le retour de quelqu'un qui a de l'expérience est toujours utile.

Les personnes qui ont constitué mon groupe pendant ces sept semaines de formation de base m'ont également enrichies. Nous venions tous de différentes régions, avions des métiers et des formations très diversifiés. Le fait que je me sois sentie à l'aise avec mes compagnons de formation m'a aidé à aller au fond des choses, à rechercher mes ressentis, à aller au-delà de moi-même parfois. Même si cela est gratifiant, même si cela va dans " le sens du poil ", je pense que ça a été une des conditions très importante de formation. C'est également vrai que certains groupes avancent plus vite dans la confrontation, ce que nous nous n'avons pas connu, mais j'ai vraiment eu le sentiment de m'épanouir, surtout lorsque l'on faisait de la musique ensemble. Peut-être que plus de remise en question aurait été utile, mais je n'aurais peut-être pas eu d'aussi bons souvenirs. Il est toujours enrichissant d'échanger son point de vue, ses sentiments, ses ressentis, ses expériences. Chacun est arrivé avec ses richesses, sa personnalité, son instrument, sa voix et sa voie. Il est aussi intéressant et rassurant de voir que tout le monde évolue mais pas forcément dans le sens que nous pressentions au départ.

Cette formation m'a fait énormément bouger et prendre conscience de ma propre voix (e). En plus de l'enrichissement intellectuel, des connaissances que je vais pouvoir utiliser dans ma pratique, il y a autre chose, un petit " plus " impalpable mais qui transforme les choses en profondeur, en tout cas qui fait avancer. Dans mon travail, je m'affirme plus, j'ai mis des choses en place, je sais maintenant donner mon point de vue sans me demander ce que l'on va penser de moi. Et j'ai le sentiment que ce n'est certainement pas fini puisque j'ai choisi comme spécialisation la créativité.

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