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| EMILIE - Dépt. 40 RÉVEIL MUSICAL Merci Cette aventure musicale, si vivante, fut un véritable réveil. J'ai pris conscience de mes peurs et de mes dépendances grâce à des voix et des expériences déterminantes. Aujourd'hui, j'ai trouvé un sens à mon désir d'être thérapeute. Durant ma pré-adolescence, le piano fut un moyen de communication intérieure, de plaisir et de créativité. Puis soudain, tout s'est arrêté, le piano s'est tu. Première séparation, première grande douleur. Les maux remplacent les mots. Les projets reprennent, les douleurs s'estompent. Le piano est toujours abandonné. Puis, c'est une seconde séparation qui s'impose comme libératrice. C'est une douleur vive à nouveau. Alors, tout se concentre sur mon devenir professionnel. La réussite et la chance me sourient. Je deviens ergothérapeute. Mon début de carrière démarre vite et se trouve clairement conditionné par ma dépendance affective. Je fais cependant une rencontre capitale, celle de la personne âgée. Très vite je m'engage auprès d'elle et décide d'aider celle qui " perd la tête ". Intuitivement, j'ai pensé utiliser le médiateur musical. Je me lance dans une petite équipe de 5 professionnels. Ce désir ancien de collaboration prend une teinte bien différente de celle que j'avais imaginé. Je m'éprouve, mon identité est remise en cause. J'ai besoin d'aide, je demande une formation en musicothérapie. Pourquoi évoquer tout ce cheminement personnel ? C'est comme dans une oeuvre musicale. La cellule sonore ne peut
exister seule, il y a toujours un temps musical qui la précède
puis un temps qui fait suite. Voulez-vous entendre la cellule sonore " 49 " ? Dès la 1ère note, j'ai compris que j'étais engagée dans un processus créatif où l'expérience trouble, étonne, émeut, ravit et libère. De suite, j'ai été mise face à moi-même, ma voix : agréable mais retenue, manquant d'animalité, d'agressivité. Les premières interrogations intérieures se déclenchent. Je suis bien décidée à poursuivre et m'étonne moi-même dans mon implication et les ressources que je déploie face aux autres propositions créatives. Je ressens très vite l'ouverture du groupe face aux expériences vécues par chacun d'entre nous. Le jugement est absent. Cette confiance est capitale. Nous sommes en milieu de semaine quand Jean-Marie nous initie au rythme africain. Je me sens dynamique, en relation, portée par la résonance du rythme. Je ressors enivrée voire un peu euphorique. Le dernier jour est aussi constructif mais sur un tempo plus lent. Je venais de vivre ma première semaine Le groupe se retrouve 1 mois plus tard. Le mois écoulé a été dur au travail. L'équipe ne communique plus. Le point de rupture est proche. Je sens une tension énorme. Je me replonge très vite dans la dynamique naissante du groupe " 49 ".
Nous ouvrons ensemble de nouvelles portes ce qui me rend de plus
en plus impatiente. Je pense sans cesse aux applications possible
dans mon travail à l'hôpital de jour. Je ne parviens
pas vraiment à me détacher de mon activité professionnelle
si bien que ma réceptivité en est faussée. Voilà que s'achève la deuxième semaine. Le retour dans l'équipe est toujours un peu difficile. J'ai besoin d'un ou deux jours pour me réaclimater. Je commence à modifier mes ateliers de groupe. L'expérience de Jacqueline Rivière m'aide beaucoup pour trouver une trame au contenu de mes séances. Très vite, je me trouve confrontée à l'esprit de compétition d'une de mes collègues. Je suis surprise et tente de m'expliquer. C'est encore très difficile de conceptualiser mon projet. Je sens cependant un élan, une dynamique qui me permettent de faire face aux dysfonctionnements du service. Je me projette en troisième semaine de formation. C'est l'été, le R.E.R grouille toujours autant. La
chaleur est étouffante. Suis-je dans la projection Je vérifie autour de moi et trouve des réponses, bien sûr, très différentes. Je prends conscience que tout ce qui se révèle à ma conscience depuis le début de la formation est encore un grand mystère. Je souhaiterais des réponses mais j'ai bien conscience que ce n'est pas le lieu. Quels motifs vais-je avancer pour justifier de ma demande de consultation ? Puis, en moi, une phrase fait écho " En s'occupant de la souffrance de l'autre, on évite de penser à la sienne ". Voyons, laissons faire les choses... J'arrive en quatrième semaine, soulagée. J'ai franchi le pas et me suis engagée dans travail d'analyse. Trop de choses ont émergé pour que je les enfouisse à nouveau. Du coup, j'aborde la formation autrement. Je ne suis plus à l'affût d'une réponse sur moi-même. J'accueille les propositions suivantes avec moins d'appréhension, de danger. C'est maintenant une mine d'or, une source d'enrichissement et de connaissance sur ce que je suis car j'ai un lieu pour déposer tout ça. C'est la trêve. Nous abordons le test de réceptivité musicale et la
théorie de la relaxation. Ces outils sont rassurants et me
redonnent quelques repères. Je regrette cependant que l'on
ne puisse pas approfondir l'analyse selon les concepts psychanalytiques.
Cette semaine là, un musicothérapeute récemment
diplômé nous parle de son expérience. C'est rassurant.
Je peux plus facilement m'identifier. Les grandes expériences
enseignent, motivent mais elles réveillent mon impatience,
mon narcissisme, ma quête de maîtrise des choses. Alors
que les expériences plus récentes me redonnent confiance,
m'apaisent. Je repars enrichie et satisfaite. Au travail, l'équipe s'est modifiée, nous clarifions nos rôles. L'arrivée de cette nouvelle collaboratrice m'aide beaucoup. L'échange de son expérience auprès des malades Alzheimer est passionnant. Elle me transmet des données fondamentales. Son approche me confirme le bien-fondé de mon activité de musicothérapie. La cinquième semaine va s'avérer très constructive. Suis-je dans un conflit de génération? C'est à ce moment là, que je saisis réellement l'enjeu du travail de groupe. Très vite, je fais la relation avec ce que je vis avec l'équipe de l'hôpital de jour. Des liens évidents apparaissent. Je suis stupéfaite par l'impact de cette formation sur ma réflexion, ma pensée. En fin de semaine, je suis très troublée par l'expérience que nous propose Christine Mulard " améliorer la perception de son image par l'expérience sonore et corporelle ". Je me rends compte oh ! Combien le combien le corps est un lieu de perception étranger pour moi. Conditionné, maltraité, et souvent sous estimé, je le sens souple, détendu, créatif. Durant toutes mes études, j'ai compris que notre soin s'incluait dans une approche holistique du malade. Ne plus séparer l'esprit du corps et prendre en compte son environnement architectural-social et familial. J'ai intégré également que l'ergothérapeute était surtout le spécialiste dans les soins des membres supérieurs. Ce qui permettait la collaboration avec les kinésithérapeutes, spécialistes des membres inférieurs. Quelles contradictions ! Quel conditionnement ! Je comprends que je suis moi-même conditionnée par une vision morcelée du soin. Ce qui fait naître ma gêne face à la psychomotricité car désormais je ne veux plus faire l'économie de l'expérience corporelle, en musicothérapie pour stimuler les malades Alzheimer qui ne se vivent plus au présent. Je vivais une remise en question professionnelle et identitaire. La fin de la formation de base approche, je m'aperçois du
changement qui s'est opéré pour chacun de nous dans
le groupe. Les projets mûrissent, s'éparpillent, ou
se fragilisent. Quant à
moi, les choses se mettent doucement en place. La créativité avec les personnes âgées Alzheimer ? Plus j'évolue avec eux et plus ils m'enseignent, me guident. Ils ont encore tant de ressources. Encore faut-il ne pas les enfermer dans une vision trop cognitiviste.. La question de la sensorialité est importante dans l'approche de Christine MEURANT, ce qui m'interpelle. Les outils qu'elle nous propose me donne à nouveau des idées. Jeudi. Nous travaillons avec Renate Magnier sur trois mots : la confiance, le jugement et le manque sous la forme d'un groupe de parole. Les échanges me fournissent encore beaucoup de clés sur la compréhension de moi-même. C'est un réveil. Mais quel réveil ? Tout simplement l'émergence d'un désir. Mon désir d'autonomie que j'ai transporté inconsciemment jusqu'au CIM et qui est devenu conscient par la conjugaison du travail de groupe et du travail psychanalytique. J'ai conscience soudain de ce que je suis venue chercher ici. L'invitation du dernier jour faite par D. Bertrand fera suite tout naturellement à ma prise de conscience de la veille. La proposition me permet d'exprimer, par l'acte créateur, mon vécu. Et voilà qu'encore une autre porte s'ouvre par le jeu de l'interprétation. Je suis fascinée par la créativité de chacun. Les interprétations naissent, se confrontent, se peaufinent. J'apprécie cet exercice intellectuel basé sur la perception que l'on a de l'autre et de ce qu'il nous donne à voir. Cela donne du sens à ce que j'entrevois de la thérapie par la musique. Je pense déjà à la dernière semaine du groupe " 49 ". Quelle déception, je n'assiste pas à la première journée de la septième semaine avec Anaïs de Tinguy Simon. Je ne peux concevoir de rater la semaine en cours, il resterait en moi quelque chose d'inachevé. Je ne le veux pas. La vie est souvent là pour nous mettre à l'épreuve, j'y échappe cette fois et retrouve le groupe le lendemain. Je suis très sensibilisée à la démarche thérapeutique de Marthe le Marchand. Durant mes études, j'ai eu beaucoup d'intérêts et de curiosité vis à vis de cette maladie. Je me projette alors dans l'avenir un pied dans l'institution puis un autre dans le libéral, voir complètement hors institution ! Pour l'instant, j'ai la profonde conviction que ma mission est auprès des malades Alzheimer mais la possibilité de travailler avec d'autres pathologies me motivent beaucoup. La dimension psychothérapeutique de la musicothérapie m'attire. Or ce n'est pas ce que je vais pouvoir mettre en place avec le malade Alzheimer car il ne fait plus de lien dans sa pensée. Mes objectifs sont différents pour lui. J'ai conscience de ma difficulté à faire le deuil de certains désirs de soin que je découvre au fur et à mesure des interventions. Jusqu'au dernier jour, le groupe évolue et s'implique. Que souhaites-tu renvoyer au groupe avant qu'il meure ? J'évoque mon réveil. Mon réveil musical. J'ai le sentiment d'avoir ouvert les yeux sur mon être et de l'avoir engagé dans un processus constructif, guidé par un désir créateur. Voici comment la cellule sonore " 49 " se termine Le temps qui la suivra est à venir. C'est la spécialisation, l'évolution de ma pratique au sein de l'équipe à laquelle j'appartiens, le mémoire et ma reprise du piano. Et puis, tout ce que je ne sais pas encore ... |
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