Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
   
 JOELLE - Dépt. 91

LA FORMATION

La première journée au C.I.M s'est avérée un peu déroutante : une salle moquettée, des coussins en guise de siège, pas de tables mais de la musique, des instruments, la " note " était donnée, nous étions là, non pour " apprendre " mais pour " expérimenter ". C'est ce qui du reste m'avait fait opter pour la formation du C.I.M et non pour une formation universitaire plus théorique, plus loin de la réalité de terrain.

1¡) Le déroulement de la formation :

L'organisation de la formation par module d'une semaine s'est avérée importante, cela m'a permis de prendre le temps de la relecture, de la digestion, de la réflexion du vécu de chaque semaine.

Le changement journalier d'intervenant a été très intéressant pour la diversité des apports. Seul regret, certaines interventions, compte tenu de la densité du contenu auraient nécessité plus de temps tandis que d'autres moins denses, plus répétitives auraient pu s'étendre sur un temps plus réduit.

2¡) Les interventions :

Au cours de cette formation, nous avons reçu 2 types d'interventions :

* Les interventions pratiques basées sur l'expérimentation

- Travail autour de la voix :
Retrouver sa voix, se la réapproprier, jouer avec elle, renouer avec le plaisir de cet instrument unique.

- Travail autour du rythme :
Utilisation de la percussion, accepter de ne pas savoir faire , de ne pas maîtriser.

- Travail autour du conte :
Laisser son corps parler, ne pas craindre le regard de l'autre. Laisser son imaginaire parler, retrouver l'enfant enfoui au fond de nous.

- Travail autour de la perception de soi :
Savoir se recentrer sur soi, être au contact de sa propre dynamique de vie pour être à l'écoute de l'autre. Par la musique re-goûter à la qualité de présence du moment, retrouver toutes les dynamiques de vie qu'elle contient. " Redonner l'envie d'être, en redonnant la conscience d'être ".

- Travail autour de la relaxation, sophrologie :
Lâcher prise, restructuration de la personne, harmonisation des dimensions physiques et psychiques
Travail avec la peinture et le modelage.

- Travail autour de nos perceptions musicales :
Test de réceptivité, expérimentation fonctionnement. A travers les extraits musicaux, essayer de mieux connaître le patient et d'établir une communication. Outil nécessaire à l'élaboration de programmes sonores.

* Les interventions théoriques :

- Musicothérapie réceptive, musicothérapie active, techniques psychomusicales il a été intéressant de bien comprendre et différencier ces différentes techniques afin de mieux cerner ce qui allait être possible pour moi d'utiliser dans ma future pratique, même si évidemment les trois restent indissociables.

Connaissance des différentes écoles psychanalytiques et nouvelles thérapies : le module de psychologie-psychanalyse m'a semblé un complément de formation indispensable. L'étude des différents stades de développement et des différentes pathologies qui peuvent en découler ainsi que tout le travail effectué sur la notion de relation d'aide sont un apport qui me semble incontournable pour les futurs thérapeutes que nous sommes.

COMMENT J'AI VÉCU LA FORMATION

Au cours de la formation, des différents modules, Musicothérapie et psycho-psychanalyse et à travers les différents intervenants, j'ai reçu un certain nombre de clefs, d'outils pour construire mon futur métier de Musicothérapeute.

Premier jour, première présentation, découverte de l'autre, des autres, de nos différences, de nos attentes, de la petite parcelle de nous-mêmes que nous étions prêts à livrer. Début pour moi d'une grande aventure.

On " Né " Musique !

La musique est antérieure aux mots. Au travers de différentes interventions sur la voix, le rythme, le conte, la relaxation, j'ai redécouvert l'importance de la présence à la sensation corporelle. J'ai pu ainsi re-goûter aux plaisirs des sensations vocales, pouvoir retrouver sa " voix " pour trouver sa " voie ".

Pendant une période de ma vie, la voix a tenu une place importante, j'ai été choriste dans plusieurs chorales puis en troupe lyrique, et ai pris durant quelques années des cours de chant. Au moment de ma maladie, j'ai dû abandonner, depuis je n'avais jamais osé réellement rechanter. Aujourd'hui, je désire retravailler ma voix.

Le travail entrepris sur le rythme m'a permis de m'autoriser à ne pas maîtriser, ne pas savoir, à être déroutée devant un instrument qui n'est pas le mien, moi qui, en raison de mon métier d'enseignante, dois savoir pour transmettre. A travers ce travail, j'ai pu ressentir à quel point le rythme est " pulsion de vie ". Très rapidement, j'ai pu réutiliser quelques techniques (exercices de la voix, travail rythmique avec percussions, quelques exercices de relaxation dynamique ...) dans mes cours de musique et de me rendre compte du plaisir ressenti par les élèves.

La diversité des interventions m'a ouverte à des domaines où la Musicothérapie trouvait sa place, qui n'étaient pas forcément ceux vers lesquels je désirais m'orienter :

La gériatrie : j'ai découvert ce monde qui m'était quelque peu inconnu, un monde où il faut " être ", être à l'écoute, être près d'eux, être soi-même pour leur apporter un " supplément d'âme ", être ce qui pour eux est devenu si difficile.
Aujourd'hui, je ne me sens pas prête à aller vers cette population de malades, mais je suis très touchée par eux, par ce qu'ils vivent, par ce que nous pouvons leur apporter comme bien-être, douceur, pour les aider à affronter leur fin de vie. Je n'exclus pas la possibilité de me tourner un jour vers eux.

Le milieu carcéral : offrir un espace de liberté à des personnes privées de " la liberté ". Au travers de cette intervention, j'ai senti des barrières tomber, et pris conscience de la nécessité d'aider cette population qui me semblait si loin de mes préoccupations.

Les conduites additives : Réapprendre à s'aimer, aimer son corps, le respecter, en prendre soin. J'ai été interpellée par ces interventions car dans mon entourage j'ai été confrontée à l'alcoolisme, à l'anorexie et la possibilité d'alternative à la médication qu'offre la musicothérapie me semble très importante pour un mieux-être, pour avancer vers un chemin de guérison.

Psychiatrie infantile : Ce sujet m'a particulièrement intéressée puisque c'est le domaine vers lequel j'aimerais me tourner : l'Autisme, les psychotiques, les trisomiques, les enfants malades ou tout autre handicap. Chercher à entrer en contact avec eux par la musique, les aider à trouver un mieux-être, à ré-habiter leur corps, leur permettre de retrouver une forme de communication. J'ai déjà eu l'occasion , en tant qu'enseignante de côtoyer des enfants trisomiques et autistes et de me rendre compte des bienfaits que la musique leur apportait dans leur vie et leur socialisation.

Périnatalité : j'ai été très touchée par le travail des 2 journées consacrées à ce domaine. En tant que mère, j'ai pu expérimenter durant mes grossesses et mes accouchements tous les bienfaits que le sonore pouvait apporter, ainsi que les effets sur l'enfant à naître.
La démarche sophrologique et le travail sur le toucher relationnel sont des notions que je désire approfondir dans la poursuite de mon cursus, car pour moi, très importante dans la relation à l'autre et la recherche d'un renforcement des capacités de fonctionner de l'autre.

La relaxation : le travail effectué dans ce domaine a été très important pour moi au cours de cette formation. La démarche d'harmonisation des 3 dimensions de l'être : physique, mentale, affective, m'apparaît comme indispensable et correspond à ce que je recherche depuis plusieurs années dans ma vie personnelle, j'ai du reste pratiqué le yoga. A ce jour je souhaite continuer à approfondir les différentes techniques de la relaxation et de sophrologie, ce qui m'a amené à choisir le module de spécialisation.

Musique, peinture et modelage : je me sens très concernée par " l'art-thérapie " pratiquant moi-même le modelage et la peinture. J'aimerais que cela tienne une place dans ma future pratique de musicothérapeute, cela correspond pour moi à une prise en compte de l'Etre dans toute sa globalité, utiliser tous les aspects sensitifs de la personne.

Thérapeute : dans " Musicothérapeute " il y a thérapeute, ce qui n'est pas anodin, il y a quelque chose d'important qui se joue là. Il est évident pour moi aujourd'hui que cette notion de thérapie doit être approfondie, à la fois par une formation " théorique " mais aussi et surtout par un travail sur moi-même afin de mieux comprendre les mécanismes qui sont mis en oeuvre dans mes relations aux autres et à moi-même. Le rôle de thérapeute, je le perçois comme un " catalyseur ", être là pour aider l'autre à " Etre " , aider le patient à vivre " l'ici et maintenant ", se laisser traverser par la musique pour laisser la place à l'autre.

A travers la dynamique de groupe et le travail sur la relation d'aide, j'ai appris à écouter l'autre différemment, avec bienveillance, empathie tout en restant centrée sur moi afin de ne pas communier à la souffrance de l'autre mais simplement de l'accueillir. Par la compréhension de ce qu'est une " vraie " relation d'aide basée sur l'authenticité, le regard positif, j'ai appris à changer mon regard sur l'autre et sur moi-même, à acquérir une nouvelle qualité de relation, d'écoute.

CONCLUSION, MES PROJETS

A l'issue de cette formation, j'ai reçu beaucoup, tant de la part des intervenants que par la dynamique de groupe.

J'étais venue pour " apprendre " le métier de Musicothérapeute mais j'ai durant cette année et demie, appris que ce métier je devais le construire, le trouver en moi-même avec ce que je suis. Les différents intervenants, chacun à leur manière, nous ont ouvert des portes, des chemins, donné des outils, des clefs, nous ont par leurs échanges à travers le dialogue, dans les contradictions et les tâtonnements, amené à une réflexion, mis sur un chemin de " création ". J'ai pu acquérir certaines compétences qu'il me faut réinvestir dans ma propre histoire, dans mes propres projets.

A la fin de cette formation, je me sens sereine, mais aussi remplie de questionnements, et pleine de projets.

J'ai commencé à utiliser, au sein de mes cours de musique (éveil, initiation) des techniques psycho-musicales afin d'aider certains enfants en difficulté, retard de parole, difficulté de latéralisation, mais aussi difficulté à s'exprimer, timidité, inhibitions...)

Actuellement, j'élabore un projet de prise en charge que je vais proposer dans les I.M.E, auprès d'enfants trisomiques.

Ce projet consiste en une prise en charge d'un petit groupe d'enfants, 4 à 5 et de leur proposer un travail autour de la dimension corporelle, de la voix et du rythme.

En conclusion, ce que je peux à ce jour c'est que je me suis mise en route sur un chemin qui pour moi ouvre vers d'autres horizons qui à leur tour en ouvriront d'autres ..., que cette formation a eu un point de départ vers de multiples destinations, mais n'a pas de fin !

" Au delà de nos images et de nos intuitions recherchées dans la connaissance, nous ont été révélées nos énergies d'être pour accéder à la co-naissance "


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