SONIA - Dépt. 76
INTRODUCTION
C’est en novembre 2003 que j’ai pu commencer la formation
de base en musicothérapie.
Depuis plusieurs années, je
travaille auprès d’enfants et d’adultes polyhandicapés.
La musique est toujours présente dans mon travail. Je trouve
qu’elle est un merveilleux support pour créer une relation,
un plaisir, un intérêt. J’ai pu constater qu’elle
m’aidait à créer des liens de communication quel
que soit l’importance du handicap.
Mais, je sentais qu’il
me manquait des bases pour pouvoir l’utiliser au mieux.
Le stage d’initiation à la musicothérapie ne
me suffisait plus, il me fallait suivre une formation plus complète
qui me permettrait d’aller au bout d’une démarche
professionnelle.
Ma première motivation était d’acquérir
un savoir –faire, des techniques, des outils qui optimiseraient
mon travail dans la relation d’aide.
Ma seconde, était certainement d’ouvrir de nouvelles
perspectives
à ma carrière professionnelle afin de la dynamiser.
Je ne suis pas musicienne, ce qui ne m’empêche pas qu’elle
m’a toujours accompagnée, rythmée ma vie. Au
cour de la formation cela aurait pu m’être défavorable
(chose qui m’avait effleuré
l’esprit car il y avait beaucoup de musiciens dans le groupe)
or j’ai pu en tirer profit dans la mesure où j’écoutais
la musique avec mon affect et non avec mon cérébrale.
LE CENTRE
C’est au Centre International
de Musicothérapie de Paris que je fis ma formation.
J’appréciais Noisy le Grand, pour
son calme relatif, moi qui venais de la
verte Normandie.
L’intérieur du centre était toujours lumineux
grâce aux grandes baies vitrées. Dans la salle de détente
nous partagions le café à divers moments de la journée.
Après avoir retiré nos chaussures, nous entrions dans
la salle de cours. Installés, à même le sol sur
des coussins ou des fauteuils canadiens nous assistions aux interventions
(cette position ne m’était pas inconfortable comme certain
pouvait la trouver).
Dans cette salle nous y trouvions divers instruments que
nous avons pu manipuler lors de diverses séances.
Il y avait aussi une
bibliothèque, très petite très sombre, où j’aimais
me retrouver seule, pour
y feuilleter des documents.
LA FORMATION
Au CIM, la formation de base aux techniques
psychomusicales et à la musicothérapie s’organise
en sept semaines et trois semaines de psychologie et psychanalyse.
Elles sont réparties
sur deux années.
Ainsi, entre les regroupements je
pouvais laisser infuser toutes les informations acquises durant la
semaine.
Cette formation s’articulait autour
de deux points :
- Par la rencontre d’intervenants qui nous apportaient certaines
bases théoriques illustrées par certaines
applications du groupe afin de mieux les assimiler.
Ils partageaient leurs
expériences. L’apport était d’autant
très riche qu’ils étaient d’horizons différents (artistes, musicothérapeute…).
- Par notre expérience personnelle et professionnelle dans
le cadre d’une dynamique de groupe;
Ainsi la grande richesse de
cette formation venait du
partage des expériences des intervenants et de notre groupe.
L’implication personnelle qui nous est demandée, lors
des réflexions interactives ou des mises en situation étaient
bien sûr indispensables à cette dynamique de groupe.
LES
INTERVENANTS
J‘ai apprécié de
rencontrer un grand nombre intervenants au cour de cette formation.
Elle n’en a été que plus riche. Nous avons pu
avoir une grande vision du rôle de musicothérapeute,
et découvrir
d’autres techniques d’aide comme la sophrologie ou l’aide
animalier. Nous avons pu avoir une ouverture sur des milieux que
je ne connaissais pas tel que les personnes âgées ou
les personnes incarcérées.
Chaque intervenant avait sa propre personnalité, sa propre
méthode de nous transmettre son expérience professionnelle,
son vécu, nous
faisant partager ses difficultés et parfois ses échecs. Surtout, ils nous transmettaient la conviction de nous être
engager sur un chemin certes pas facile, mais d’une
grande noblesse d’esprit et d’humilité.
En toute simplicité, ils nous exposaient leur méthode
de travail, nous donnant des pistes pour
pouvoir en appliquer certaines ; nous faisant prendre conscience
qu’il n’y a pas de vérité en thérapie
mais des outils.
Tous étaient très ouverts, ainsi nous avons pu avoir
des échanges très enrichissants.
J’ai pu constater que la musique avait un grand champ
d’action, qu’on pouvait l’utiliser différemment
(voix, corps sonore).
Ils avaient la gentillesse de nous transmettre tout au long de leur
intervention des références bibliographiques et discographiques pour
mieux illustrer leurs messages.
Tous laisseront une trace dans mon futur rôle
de musicothérapeute ainsi que dans
ma vie personnelle. Même
si j’ai pu apprécier certains plus que d’autres,
aucun ne m’a laissée indifférente.
La formation nous apportait
des bases théoriques et pratiques. L’ensemble des connaissances
formait un tout. Une même notion pouvait être développée
par divers intervenants, elle devenait
que plus claire, plus
riche et facile à assimiler. Cela sans se contredire dans
une continuité harmonieuse.
INTERVENTIONS PRATIQUES
Nous
étions mis en situation afin d’expérimenter nous-mêmes
des méthodes, des productions sonores avec objets sonores
pour une situation d’aide et de communication. L’objet
sonore utilisé parfois nous représente ou devait servir d’outil
de communication.
Nous avons travaillé notre corps dans le rythme.
Un travail sur la voix fur aussi abordé avec Pila. Cette voix
fait jaillir nos émotions de notre corps, résonance
de celui-ci.
Masser, se faire masser pour une communication non verbale et intégrer
la notion du « lâcher prise ». Chose
qui me fut difficile sans doute par manque d’habitude à se
laisser guidée.
Participer
à une séance de relaxation ou en créer fut une
expérience que j’ai
beaucoup appréciée.
Tour
à tour nous étions l’aidant ou l’aidé ;
jouant le patient ou le thérapeute.
Ainsi, les méthodes
d’aides qui étaient abordées, étaient
expérimentées sur
nous-mêmes afin d’en connaître les effets.
La création de montages sonores avec Sylvie Braun avait
pour moi une grande importance même si j éprouvais une
certaine tension lors sa création et surtout à son
audition. Par un montage sonore nous faisions découvrir notre
personnalité ou
créer une séance de relaxation. Mon regret fut de ne
pouvoir en faire plus afin d’acquérir une maîtrise
plus fine et de finir par une note positive.
Toutes ces expériences, ces jeux simples apportaient une
agréable note ludique à la formation.
INTERVENTIONS THEORIQUES
Des notions plus théoriques étaient abordées. Elles étaient vivantes et intéressantes toujours
en lien avec une pratique.
L’importance du cadre thérapeutique fut définie
avec toutes les notions de transfert et de contre transfert.
Ce qui nous renvoyait à la relation thérapeute /patient.
Cette d’action d’aide qui signifie d’aider le patient à trouver
la solution qui est en lui et non d’épouser sa souffrance ;
sans pour cela traduire un manque d’émotions.
Pour arriver à cette
notion d’aide il a fallu déterminer le rôle écoutant/écouté ;
aidant/aidé avec leurs limites et leurs difficultés.
La blessure narcissique fut un thème
clé de cette formation, car nous sommes constamment
confrontées à elle et qu’elle influence notre
ETRE.
Tout comme l’approche du deuil. Notre vie est une succession
de gains et de pertes que nous abordons chacun avec notre propre
personnalité. Nous avons pu le vivre au sein du groupe avec
la perte de Céline et de sa fille Luna. Merci aux intervenants
qui nous ont soutenus et
nous permettant de finir notre formation avec la même énergie.
Le développement psychique de l’enfant m’a beaucoup
intéressé avec
tout le descriptif des pulsions présentes
toute notre vie.
Le conscient, l’inconscient, le Moi, le Sur-moi, le Ca nous
a été
sujet de bien des discussions.
Les structures psychiques et les mécanismes de défenses
(le refoulement, le déni…) nous ont été aussi
présentés
La notion d’identité, de désir, existence ont été abordés
de façon théorique mais souvent philosophique avec
Dominique Bertrand.
Nicole nous a décrit le rôle de l’instrument comme
objet sonore et comme objet intermédiaire. Leur utilisation
dans une relation d’aide non-verbale était très
intéressante.
Les bases de la musicothérapie
ont été posées par Sylvie Braun avec ses deux aspects :
active et réceptive. Les effets sur les personnes, l’émotion
qu’elle provoque, mais aussi son côté thérapeutique
car elle aide en apportant
harmonie et bien-être.
J’ai pu découvrir le monde carcéral, celui des
personnes âgées…
divers courants psychiatriques :
freudien, lacanien, jungien, férenzien.
J’ai beaucoup apprécié les trois semaines de
psychologie et psychanalyses.
Toutes ces connaissances théoriques nous permettaient d’avoir
certaines bases indispensables à un thérapeute.
Le groupe fut aussi un sujet d’étude, ce qui pouvait
ce jouer au sein d’un ensemble de personnes avec
tous les fantasmes et illutions qui se créaient. Je
retiens surtout l’importance de ne pas perdre sa propre indenté au
sein d’un groupe.
LE GROUPE
Le groupe tient une place déterminante dans cette formation.
Celle-ci étant basée sur la dynamique de groupe :
groupe d’évolution constituée de personnes venues
dans un même but : découvrir la musicothérapie.
C’est le 17 octobre
que le groupe 53 fut
créé ; constitué de 17 membres = un village.
Une majorité de musiciens dans ce groupe, ce qui me faisait
prendre conscience que j’avais peut être des lacunes
pour cette formation ( ce fut parfois un avantage ! ).
Chacun d’entre nous avait sa
propre personnalité, sa propre histoire durant deux années
nous allions vivre une aventure, un partage musical. Nos intérêts
pour cette formation étaient différents. Chacun apportait
son expérience humaine.
Le groupe formait un cadre de confiance où tout ce qui était
divulgué
était accueilli avec respect, sans jugement, nous pouvions nous
ouvrir aux autres en toute confiance.
C’est la première fois que je découvrais un groupe
aussi mobile, personne ne stagnait à sa petite place bien
déterminée, nous en changions tous les jours. Même
si nous avions plus d’affinités avec certains les liens
entre chaque personne existaient.
C’était une joie de se retrouvait le
lundi matin et si pour
certain il était difficile de se séparer le vendredi,
j’avoue que ce ne
l’était pas pour moi. J’étais heureuse
de ma semaine, mais j’allais vers un autre groupe qui m’attendait.
La formation que j’ai suivie au CIM était d’une
grande qualité et le groupe avec qui je l’ai suivi ne
l’était pas moins.
Dès le début de cette formation, la séparation était
inévitable et
je savais que je garderais des contacts avec certains. Je suis heureuse
d’avoir connu toutes les personnes du groupe et d’avoir
pu vivre avec eux de bons et
tant de fou-rires.
J’ai vécu le groupe avec sérénité et
j’en ai tiré des bénéfices tant personnels
que professionnels.
APPORT SUR LE PLAN PROFESSIONNEL
Cette formation a confirmé que la musicothérapie a
sa place dans un établissement qui accueille des personnes
polyhandicapées. Elle serait un merveilleux moyen d’aide,
d’éveil et de communication non-verbale pour elles.
Des projets naissaient ce qui donne un nouvel élan à ma
vie professionnelle qui se trouve en être influencée.
Après chaque semaine de regroupement ma motivation était
au plus haut., j’essayais de créer des liens entre mes
acquis au CIM et mon travail Aide Médico Psychologique. Avec
toutes les notions, les méthodes, j’enrichissais mes
ateliers. J’avais certaines pistes sur quelles musiques choisir
ou, comment articuler mes interventions.
Le contact avec les jeunes semblait plus facile. La musique fait
toujours partie de leur vie mais j’essayais qu’elle soit
utilisée au mieux ; qu’elle joue un rôle
thérapeutique plus qu’un automatisme.
Mes relations avec mes collègues sont sereines, je
suis sans doute plus à leur écoute.. J’éprouve
un besoin de m’investir et d’investir toutes les connaissances
acquises.
En voulant suivre une formation de musicothérapie je voulais
trouver des outils pour parfaire mon travail professionnel et je
pense que j’y suis arrivée, bien que j’aie conscience
qu’il faut que je développe encore mes acquis.
Je ne me doutais pas que l’influence ne serait pas seulement
sur le plan professionnel mais aussi sur un plan plus personnel.
APPORTS PERSONNELS
Cette formation à ma surprise a enrichi ma personne, elle
m’a permis de m’ouvrir à moi. Je me sens plus à mon écoute
ainsi plus disponible aux autres. J’ai intégré
le concept qu’il faut comprendre son propre rythme avant celui
de l’autre : comment aller vers l’autre si je ne
suis pas aller vers ma personne ? J’ai des
limites, et je m’autorise à ne pas savoir tout et être
aidée
J’ai pris conscience de mes émotions et m’autoriser à les
exprimer ; toujours, avec une certaine réserve. Les verbalisations
de chaque ressentis me faisaient faire un travail sur moi. Je découvrais
des faces cachées de ma personne, ce qui avaient un effet
déstabilisant au
début pour trouver ensuite une meilleure harmonie de mon être.
Ainsi, j’aborde autrement la relation humaine avec une plus
grande ouverture d’esprits. Elle m’a
permise de mieux lâcher mes approprier.
Tout au long de cette formation des souvenirs revenaient à moi,
en écoutant certaines musiques ou certains cours (ceux de
Rénaté étaient souvent révélateurs),
notamment lors de l’étude du développement de
l’enfant ; toutes les phases que traverse le petit enfant :
orale, anale….
Toutes ces notions de plaisir /déplaisir, de castration
de frustration de narcissisme sont actives toute notre vie. Ces éléments
m’ont intéressée, souvent
m’ont interpellée en tant que mère mais aussi
en tant que fille. Des
scènes de ma vie revenaient à moi, des expériences que je pensais oublier. Parfois, je me surprenais à
extrapoler l’explication
à mes réactions, à mes goûts.
Cette formation m’a permise de mettre des mots sur des moments
de ma vie.
Elle m’a fait prendre conscience
que j’ai toujours un instrument avec moi que j’utilise
au quotidien : mon corps, ma voix.
Ce que j’ai vécu au sein du CIM fut plus qu’une
formation : une expérience humaine très riche
qui a marqué ma vie à jamais.
Pas une fin en elle mais un début.
CONCLUSION
La formation que j’ai
pu suivre au sein du CIM fut pour moi très enrichissante.
Mon seul regret, c’est qu’elle m’a semblée
courte, j’aurais voulu en savoir encore, encore…….
Sur le plan professionnel elle m’a permis apporter la musicothérapie
au sein de mon établissement et d’en faire bénéficier
nos résidents. Mon travail en est dynamisé, ma motivation
est bien présente.
J’ai pu mettre sur pied un atelier de « musico » ce
projet séduit ma direction, il
est vrai que je pouvais présenter de
bons arguments grâce ma formation (quoi que l’on n’oublie
pas de me faire remarquer que je n’étais pas encore
musicothérapeute).
J’espère avoir
encore plus de crédit dans mes futurs projets « sonores ».
Etre reconnu comme musicothérapeute serait une petite victoire
pour moi mais aussi pour tous les musicothérapeutes et mon école
formatrice.
Contre toute attente cette formation m’a apportée beaucoup à titre
personnel. J’aborde sans doute les personnes différemment,
ma vie aussi. Je pense avoir développé ma qualité d’écoute
et de disponibilité.
Je cerne mieux la fonction de musicothérapeute quoi que très
vaste.
Faire de la musicothérapie, c’est être en perpétuel
mouvement être toujours dans l’apprentissage de la vie,
de la relation humaine.
Je pense avoir intégré de
nouvelles notions ainsi qu’une certaine philosophie d’ouverture
aux autres et à moi-même.
Cependant, je veux rester humble face à elles, car elles me
donnent encore plus conscience qu’il me reste beaucoup à apprendre.
Pour conclure, je pense que
l’équation A>A est
une réalité pour moi.
Revenir à la liste des comptes-rendus |