| |
NADIA
Histoire de résonance
Cette histoire débute comme un conte; il était une
fois , il y a dix ans de cela, mon plus cher ami, sachant que je
m'intéressais à tout ce qui touche au son et à la
vibration, m'envoya le numéro hors série de la revue
Mystère intitulée «Résonances, l'étrange
mélodie de la vie.»
Un des chapitres qui attira le plus mon attention fut celui écrit
par un certain «musicien compositeur» Dominique Bertrand
nous faisant part de son approche personnelle de la musicothérapie.
Je pressentis aussitôt que cette lecture éveillait en
moi un désir et une curiosité qui allaient continuer à faire
des vagues. Quelques pages plus loin je trouvais le numéro
de téléphone du CIM et de la Forge que je joignis sans
tarder. Déception, pas d'antenne dans le Sud-est de la France
et pour des raisons personnelles et financières il m'était
alors impossible de me rendre à Paris ou Metz pour suivre
une formation en musicothérapie.
Dix ans plus tard, je rappelai le CIM et pour mon plus grand bonheur
apprenais qu'une antenne se créait sur Aix-en-Provence. Au
même moment, dans le collège où j'exerce en tant
qu'enseignante d'éducation musicale s'ouvrait une UPI (unité pédagogique
d'intégration), celle-ci devant accueillir dix enfants présentant
des troubles importants des fonctions cognitives. Je profitai alors
de cette opportunité et mis tout en œuvre afin de suivre
la formation proposée par le CIM.
Ainsi en octobre 2005, je rencontrai le groupe avec lequel j'allais
partager un an et demi «d'histoires résonantes».
Ce jeu de résonances se mit en place dès la première
semaine de formation. Je viens ici remercier Sylvie Braun, directrice
de CIM pour son accueil chaleureux; sa façon d'être «la
gardienne du cadre» dès le départ et tout au
long de la formation m'a mise en confiance et a été pour
moi un élément structurant et rassurant.
La première rencontre fut une succession de petits chocs émotionnels;
tout d'abord la déception de constater que le groupe était
exclusivement féminin, alors que j'espérais côtoyer
et vivre quelque chose en présence de l'énergie masculine.
Cette déception ne fut que fugitive car très vite,
je sentais que cette rencontre de six femmes n'était pas le
fruit du hasard et que nous allions vivre de grands moments ensemble.
Le deuxième choc fut la rencontre avec Dominique Bertrand
dont j'avais lu l'article dix années auparavant et qui plus
est, allait être le «fil rouge» de notre formation;
quel beau phénomène de résonance!
Le groupe présente une palette d'âges gradués
passant par les vingt, trente, quarante et cinquante ans. Nous travaillons
toutes dans des structures différentes (crèche, école
de musique, collège, musée) mais un point essentiel
nous rassemble, l'amour et la pratique de la musique.
Une autre dynamique très importante nous relie: nous sommes
toutes à la croisée des chemins d'un parcours personnel.
Deux personnes ont volontairement cessé leur activité pour
suivre cette formation et repartir vers d'autres horizons. Trois
autres dont je fais partie voulons donner une autre dimension à notre
enseignement et avons un fort désir d'évolution. Notre
plus jeune partenaire, encore étudiante, pressent que c'est
dans ce domaine qu'elle va pouvoir parfaitement se réaliser.
Nous avons toutes des personnalités très différentes
mais au fur et à mesure des présentations successives
et des exercices partagés, je me rends compte à quel
point j'ai pu trouver un écho, un miroir de ma propre personnalité en
chacune d'elles.
Au début de la formation, je n'avais qu'une notion flou de
ce qu'était la musicothérapie et étais loin
d'imaginer tous les domaines où elle pouvait être appliquée.
Sylvie Braun en s'entourant d'une équipe d'intervenants des
plus diversifiés nous a permis d'approcher ses nombreux champs
d'application.
Deux maîtres mots me viennent à l'esprit concernant
le contenu global de la formation: le digital et l'analogique, avec
un va et vient entre ces deux symboles.
Le digital m'a permis d'acquérir des notions pratiques telles
que l'utilisation des tests de réceptivité musicale
créés par Jacques Jost et le docteur Verdeau-Pailles
(1970). Ce thème a été abordé de manières
différentes avec Sylvie Braun en tant que psychologue, Vincent
Bodu travaillant en milieu carcéral et Dominique Laudet travaillant
en milieu scolaire, auprès d'enfants en difficulté.
J'ai pu également apprendre à élaborer des montages
de séance de relaxation ainsi que les techniques de passation
de ces montages.
Mon vocabulaire s'est considérablement enrichi en abordant
avec Rénaté Magnier les étapes du développement
de l'enfant et de son corps psychique . J'ai pu ainsi appréhender
les termes spécifiques tels que projection, transfert, contre-transfert, ÇA,
MOI et SUR MOI, etc...
Fabienne Dalbes nous a apporté une touche théorique
sur le schéma corporel et les trois fonctions du cerveau.
Dominique Bertrand nous a explicité l'importance du cadre
et les mots en tant que symboles.
Ne serait-ce que par la personnalité et le vécu des
formateurs cités ci-dessus, une même notion théorique
a pu prendre une dimension analogique et se teinter de couleurs différentes;
ainsi en fonction de leur sensibilité j'ai pu aborder un répertoire
musicale nouveau dont certaines musiques m'ont particulièrement
touchée et font désormais partie de ma discothèque
ou encore m'enrichir d'une bibliographie importante. Il est certain
que mon écoute de la musique est désormais modifiée
car elle me ramène au vécu de la formation et à sa
dimension thérapeutique.
C'est bien cette dimension analogique de la formation qui en fait
toute sa spécificité. En effet, contrairement à une
formation classique universitaire où la tête est «coupée» du
corps, ici la globalité de l'être est prise en compte.
Rénaté Magnier a su par ses extraordinaires mises en
situation et jeux de rôles nous faire vivre de l'intérieur
des notions théoriques très complexes. J'ai pu alors
recontacter l'enfant, le bébé que j'ai été et
comprendre que les blessures d'aujourd'hui sont intimement liées à ces
premières phases de la vie.
Anaïs de Tinguy Simon, avec sa personnalité truculente,
a abordé le thème de la périnatalité.
Grâce aux temps de paroles, d'échanges, toujours très
importants tout au long de cette formation, Anaïs est venue
nous «bousculer», nous «toucher» là où il
y avait quelque chose de souffrant, provocant ainsi une réflexion
profonde et constructive. Nous avons donc décliné le
toucher sous toutes ses formes: toucher du corps (ou toucher relationnel)
du cœur, de l'âme et de l'esprit.
Revenons au corps, point central du travail effectué avec
Christine Mulard; grâce à des jeux corporels des plus
divers, dont l'humour n'est pas exclu, Christine nous a fait voyager
dans notre corps depuis nos pieds jusqu'à la pointe de nos
cheveux. Quel bonheur, grâce à la danse par exemple
de retrouver des sensations de son corps jusque là endormies,
de prendre le temps sur une musique plus méditative d'écouter
les micro-mouvements, de prendre conscience de chaque cellule de
son corps.
C'est aussi par la mise en mouvement et en vibration de notre corps,
que Dominique Bertrand nous a accompagnées et soutenues tout
au long des différentes phases de la formation. Grâce à des
mots choisis, grâce aux musiques utilisées, grâce à sa
pudeur et à son immense respect, j'ai pu vivre avec le groupes
des moments d'une rare densité.
Dominique m'a aidée à mettre en lumière au niveau
de notre cercle protégé, ce qui finalement se rejoue
au niveau du quotidien et de la relation thérapeutique.
Je tiens à remercier ici l'ensemble des formateurs pour leur
disponibilité, leur écoute, leur humilité et
surtout pour l'authenticité de leur façon d'être
et l'authenticité de leurs témoignages.
Cet espace m'a permis et a permis au groupe de se livrer à son
tour avec beaucoup de véracité. J'ai pu accéder
ainsi à des états ou dire des choses que je m'interdisais
jusque-là: des barrières; des masques sont tombés.
Les échanges avec les formateurs et le groupe m'ont renvoyée à mes
zones d'ombre et de lumière.
Cette formation m'a permis de prendre des temps de respiration, d'intériorisation,
de méditation venant rompre un rythme de travail et de vie
en apparence «bien huilé».
La mise en résonance avec l'histoire de chacune des filles
du groupe, la mise en résonance avec mon moi le plus profond
m'ont permis d'accéder à des états émotionnels
puissants et de délier certains nœuds.
J'ai pris conscience à quel point tous les exercices et situations
vécues n'étaient «qu'une métaphore de
la relation thérapeutique» et que dans cette perspective
future il me fallait être au clair avec moi-même; le
moment juste est arrivé pour moi de poursuivre par une thérapie
personnelle, le travail initié par la formation.
D'autres plans ont bougé; dans ma relation à autrui,
je suis plus attentive à la globalité de la personne,
ne pouvant plus dissocier le digital de l'analogique. La prise de
conscience plus forte de la souffrance de l'autre a changé mon
regard et mon jugement.
Sur un plan plus subtil, c'est comme si mes sens avaient décuplé,
laissant une place plus large aux signes, aux coïncidences,
aux synchronicités, aux rêves...
C'est dans cette dynamique que j'ai pu démarrer en octobre
2005 un travail sur in conte musical africain avec les élèves
de sixième et les enfants handicapés de l'U.P.I.
Par l'intermédiaire de ce projet, je peux mettre à profit
l'acquis de la formation, essentiellement dans le domaine de la musicothérapie
active.
Je reprendrai quelques mots de Dominique Bertrand pour conclure cet écrit:
cette formation a ouvert «mon corps pur», m'amenant vers
la liberté, la créativité, me permettant «d'engendrer
tous les cadres».
Cette formation est de l'ordre de l'expansion vers l'amour inconditionnel
et universel.
Revenir à la liste des comptes-rendus |