Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
   
 VINCENT

 

22 novembre 2004, début d’une grande aventure pour chacun des membres du groupe 55. Date que j’ai appréhendée les jours précédents, du fait que je sois le seul homme qui participerait à la formation de base complète. Appréhension vite dissipée grâce à l’excellente ambiance qui a régné au sein du groupe dès le premier jour et ce, tout au long de la formation.

Nous venions tous d’univers très différents. J’ai pensé en début de formation que cela permettrait à chacun de trouver une certaine complémentarité avec d’autres et je pense maintenant que chacun a trouvé bien plus. J’ai pour ma part découvert des personnes à qui je me suis ouvert et qui se sont ouvertes à moi.

 

Je remarque au passage que, suite aux présentations répétées au fil des semaines, une évolution s’est nettement fait sentir pour chacun, tant sur le plan personnel que professionnel. Bon nombre d’entre nous ont pu commencer à pratiquer, ou du moins intégrer la musicothérapie sur leur lieu de travail en cours de formation. J’en fais parti et je dois dire que cela m’a beaucoup apporté.

 

L’étalement des semaines de formation sur un peu plus d’un an est nécessaire et très bénéfique. En effet, la densité et la richesse des informations que l’on reçoit en une semaine peuvent être pleinement assimilées avec un certain recul. Cela permet aussi de poursuivre les réflexions proposées.

 

Le début de formation fut pour moi assez déroutant car c’est la première fois que je participais à une dynamique de groupe. Ce fût d’autant plus dur que j’ai eu beaucoup de mal à faire tomber toutes ces barrières dressées depuis tant d’années au Conservatoire de musique, lieu où l’on apprend à faire de la musique théorique, où l’on cherche à analyser comment un compositeur arrive à réaliser des phrases techniques, réduisant ainsi la musique à de simples notes sur une portée. Je pensais au départ avoir un bel avantage de connaître la musique de cette façon. Je m’étais trompé. « Lâcher prise » n’en était que plus dur puisque je considérais la musique comme un objet. Je ne pouvait pas écouter la musique autrement qu’en analysant ses moindres détails, qu’ils soient mélodiques ou rythmiques. En fait, je me rends compte maintenant que je ne vivais pas pour et avec la musique, j’en étais bel et bien prisonnier.

 

Le détonateur fut pour moi la proposition de Sylvie BRAUN, un exercice de montage sonore pour se décrire, tout en réfléchissant au mythe de narcisse, proposition de Dominique BERTRAND en fin de première semaine. J’ai dû faire et refaire ce montage à plusieurs reprises tout cela à cause de l’éternel insatisfait que j’étais, de ma recherche perpétuelle de la perfection, jusqu’au jour où j’ai enfin pu écouter mes sentiments et regarder qui j’étais vraiment.

 

C’est aussi à ce moment que je me suis rendu compte que rien ne pourrait remplacer le concept de dynamique de groupe, véritable colonne vertébrale de cette formation. La confiance et la complicité grandissantes entre les stagiaires au fil des semaines ont permis à chacun de s’exprimer avec facilité et en toute liberté. La dynamique de groupe a permis aussi de faire ressurgir, ou plutôt de faire prendre conscience  de certaines blessures pour certains d’entre nous, de les évoquer dans le cadre d’exercices de mise en situation « patient/thérapeute », ou tout simplement de les partager. Je pense que la dynamique à laquelle nous avons participé à eu un impact très fort sur chacun d’entre nous, que nous ayons été acteurs ou spectateurs, et aura une grande influence sur notre avenir personnel, et professionnel

 

J’ai grandement apprécié la diversité des intervenants, ainsi que leur professionnalisme, leur simplicité. Ils m’ont donné jours après jours une soif de connaissance supplémentaire (pour preuve la reconnaissance que me portaient les vendeurs de la librairie de la fnac), en nous faisant découvrir leur mode de travail, nous donnant des outils concrets en s’appuyant tantôt sur des cas cliniques, tantôt sur des cours théoriques accompagnés de pratiques.

 

Tous les intervenants sont de vrais passionnés et nous ont fait partager leurs expériences, les moments qu’ils ont vécus, les bons comme les mauvais auprès de patients, d’administrations ou d’institutions. Ils nous ont montré l’influence que la musique pouvait avoir sur le psychisme, ses effets thérapeutiques et nous ont proposé de nombreuses ouvertures à la musicothérapie, active comme réceptive.

 

LA FORMATION

 

Le ton était donné dès les premiers jours. Les mises en pratique ne se furent pas attendre. Celles-ci m’ont d’abord étonné, puis convaincues par leur efficacité. Le travail sur la voix proposé par Pilar GARCIA en est un bel exemple. De même que les expériences autour du corps sonore précédées des discours passionnants de Dominique BERTRAND, qui nous appris bien plus que l’on ne peut imaginer. Nous avons pu aborder avec lui un grand nombre de sujets ( dont le notre ), j’ai découvert le monde des thérapeutes et tout ce que cela comporte. Je pense entre autre aux thèmes de cadre, de blessures narcissiques qui ont été abordés, testés, puis entretenus tout au long de la formation.

Autre moment fort de la première semaine avec Vincent BODU qui a abordé la musicothérapie telle qu’il la pratique auprès de patients souffrant de diverses pathologies psychiatriques ou encore en milieu carcéral.

 

Les deuxième et troisième semaines ont été pour moi source de découvertes et de révélation. Déjà en écoutant le montage nous décrivant. J’ai découvert les autres stagiaires en musique et le fait de se dévoiler autrement que par des paroles, nous a un peu plus rapproché les uns des autres. Chantal LHEUREUX nous a fait plonger au cœur du monde des autistes. Ce fut passionnant et suite à cette intervention, j’ai beaucoup travaillé sur ce sujet et j’interviens depuis dans un centre accueillant des enfants atteints de ces troubles. Je note que l’intervention de Anne BAUER en dernière semaine est très complémentaire.

Nous étions maintenant au cœur de la fonction du musicothérapeute. L’intervention de Rénaté MAGNIER est très bénéfique à cette période car j’ai pu commencer à mettre des mots sur ce que je ressentais.

 

Arrivé en quatrième semaine, j’avais passé un cap important. Je le sentais et je n’arrivais pas encore à exprimer clairement tous ces changements qui s’opéraient en moi.

Les intervenants m’ont beaucoup appris. Je pense que c’est durant cette période que j’ai réappris à connaître mon corps. Henri SAMBA et Eugénia DULTA y sont pour quelque chose.

Le groupe s’est pleinement révélé à cette période. Prise de conscience collective suite à l’intervention de Arlette MORIN où nous avons travaillé sur le groupe comme objet d’étude. Cela a animé nos conversations pendant les repas et nous avons été forts de constater par la suite que notre groupe était passé par toutes les étapes qui ont été énoncées, de sa naissance jusqu’à sa mort. Christine MULARD apportait en cinquième semaine les réponses aux questions que je me posais sur l’identité, la perception et l’image de soi.

Je reste un peu sur ma faim quant à l’intervention de Dominique LAUDET. Les sujets abordés mériteraient d’y passer un peu plus de temps. J’ai beaucoup aimé l’association qu’il fait du dessin avec la musique. Son efficacité ne laisse aucun doute, pour preuve les cas présentés

 

La sixième semaine à été très instructive. Nous avons présenté les travaux que nous devions effectuer à savoir apporter un instrument inventé et de notre fabrication avec Yolande VACAITIS et un montage pour une séance de relaxation avec Sylvie BRAUN.

Encore une fois, nous sommes allés explorer le fond de nous-même, que ce soit par une méthode active, créative ou réceptive.

Cette semaine a été pour le groupe le passage d’une nouvelle étape. Nous sommes sortis de « l’illusion groupale ». Il y a beaucoup d’échanges très intenses durant cette période.

 

Arrive cette septième et dernière semaine. Semaine de préparation à une mort prochaine et certaine du groupe 55. J’ai l’impression d’avoir tant partagé sur cette dernière ligne droite de formation de base. La journée avec Anne BAUER m’a confirmé dans ce que je souhaite exercer à l’avenir au sein du centre pour autiste où j’interviens. Bernard ALET nous a rappelé toutes les choses simples de la vie et pour moi, finalisé la notion d’ancrage qui m’avait poursuivi jusqu’alors. Anaïs de TINGUY-SIMON m’a confirmé le choix que j’avais fait quelques temps avant, à savoir le module spécialisation en sophrologie, relaxation.

Merci à Sylvie BRAUN de nous avoir permis d’utiliser la salle du centre pour que le groupe organise sa fête « d’au revoir ». Cette soirée fût très touchante et son sujet a été abordé le dernier jour de formation avec Dominique BERTRAND.

J’ai bien vécu cette dernière semaine. J’ai encore appris et compris bien des choses, entre autre avec Christine MULARD.

 

Le fait de tester les expériences sur nous-mêmes, étant thérapeutes puis patients, est très enrichissant. Et c’est de loin la meilleur méthode de former les musicothérapeutes. On se rend vraiment compte que la musique est à manier avec beaucoup de précautions, qu’elle peut être apaisante mais aussi source de grande tension. La musique est sans aucun doute l’un des meilleurs outils sur lequel un thérapeute peut s’appuyer à condition d’en maîtriser sa pratique. Il me revient souvent cette phrase à l’esprit : « est thérapeutique ce qui peut être assumé ».

 

Pour conclure, je dirais simplement :

l’arc est bandé, à moi d’y donner la bonne direction...


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