Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
   
  MICKAEL - Groupe 57
  • POURQUOI LA MUSICOTHERAPIE ?

Actuellement infirmier en psychiatrie, j’ai travaillé au début de mon activité professionnelle en pavillon de crise. Les patients hospitalisés présentaient des troubles très variés affectant parfois leur jugement, les plongeant alors hors de la réalité. Le contact était difficile et l’institution n’offrait guère d’alternative favorisant la communication. Je m’étonnais dès mon arrivée, de l’affluence qu’il pouvait y avoir dans une petite salle isolée ne présentant pas d’attrait particulier. Je compris plus tard que c’était le seul endroit où l’on pouvait écouter de la musique.
J’eu, peu de temps à près , la chance de rencontrer un collègue musicothérapeute formé au CIM qui m’expliqua les principes de la musicothérapie et ses applications , me proposant également de mettre en place un atelier de percussion au sein de l’hôpital. J’acceptais volontiers et commençais peu de temps après sans trop savoir comment m’y prendre et quel en était le but thérapeutique. Au fur et à mesure des séances, je pris de l’assurance et découvrit avec étonnement le pouvoir de la musique dans la communication. Les patients les plus déficients, quelque fois mutiques, me parlaient, parlaient aux autres par le biais de leur instrument. Je venais sans le savoir d’appréhender le non verbal et son importance dans la relation et le soin. 

Je continuais cet atelier quelques temps et intégrais ensuite un centre médico-psychologique, abandonnant alors cette activité. 
Cet arrêt fut difficile et mon souhait était de reprendre l’expérience rapidement au sein de ma nouvelle structure. Je pressentais, cependant, que mes connaissances étaient limitées et que je devais acquérir les outils nécessaires à cette pratique thérapeutique. Encouragé dans ma démarche par ma hiérarchie, je décidais de prendre contact avec le CIM.
Nous étions en 2005, c’était le début d’une grande aventure.

  • LA FORMATION

Je ne ferai pas de condensé de notre formation de base tant les apports et les enseignements y ont été nombreux, tant les émotions intenses. Je vous décrirai simplement et le plus honnêtement possible ce que pour moi représente cette année passée ensemble en rendant à la musicothérapie ses lettres de noblesse.

  • LA MUSICOTHERAPIE EN QUELQUES LETTRES

M comme musique : on ne peut parler de la musicothérapie sans parler de la musique. Elle est l’essence même de cette pratique thérapeutique. Elle reflète la personnalité de chacun et nos montages sonores nous en ont apporté la preuve ; ce qui peut paraître beau pour l’autre ne l’est pas forcément pour soi. J’ai découvert avec beaucoup d’intérêt la notion de musique propre, de musique intérieure. Notre être est rythme, sons et ce narcissisme acoustique selon Dominique BERTRAND me paraît plus clair aujourd’hui. L’intervention sur la musicothérapie vibratoire m’a apporté une notion nouvelle sur les constituants de la musique. En effet, elle ne se caractérise pas uniquement par sa mélodie, par son esthétisme mais se décompose en une multitude d’éléments (ondes, vibrations) qui sont autant d’outils thérapeutiques.

U comme universalité : La musique est universelle, elle est présente dans toutes les civilisations, toutes les cultures. Elle est un outil très efficace pour rassembler et toucher l’émotion de chacun. Même si les mots sont absents, si la langue est différente, la musique est là pour permettre la relation. Le village de Jean Marie BOLANGASSA nous a réuni, rassemblé autour d’un lien commun. 
Les barrières de l’anonymat sont tombées et la confiance s’est progressivement installée, nous permettant ainsi de vivre pleinement ce voyage.
La rencontre avec Pierre BENICHOU fut également très enrichissante d’enseignement et d’humilité. 
Les choix musicaux de chaque membre du groupe et le travail collectif autour de ces chansons m’ont permis d’entrevoir la richesse des musiques du monde. 

S comme sens : Tout au long de cette année, je n’ai cessé d’explorer de nouvelles contrées sensorielles. Tout d’abord avec Dominique BERTRAND, dans le travail sur le corps, les sonorités. Toucher l’autre, être touché n’est pas chose aisée. Se réapproprier son corps ou le découvrir dans ce qu’il a de plus profond, percevoir l’espace lorsque les yeux ne voient plus, apprendre à écouter les voix... sa voix. L’accent a également été mis sur l’importance de l’écoute, l’observation minutieuse de l’autre dans ce qu’il peut exprimer : être attentif au non verbal.

I comme intervenants : La diversité des intervenants est la poutre maîtresse de cette formation.
Tous sont d’horizons différents mais réunis et portés par un même souci : l’autre.
Ils nous ont apporté leurs expériences, leurs échecs mêlant théorie et mises en situations rendant ainsi la formation très dynamique. Ils se sont également rendus disponibles pour nous permettre d’approfondir certaines zones d’ombre. Ils nous ont fait découvrir les différents aspects de la musicothérapie (réceptive/active), nous laissant libre choix dans notre future pratique professionnelle. Je regrette que certains d’entre eux ne soient pas intervenus plus souvent.

C comme convivialité : Tout est fait pour rendre la formation agréable : les locaux sont accueillants et notre implication personnelle dans la gestion du quotidien nous permet de nous approprier rapidement les lieux. Les rapports entre les différents participants sont d’une simplicité réconfortante ; on se sent très vite en confiance, soutenu par une équipe pédagogique à notre écoute. Nos difficultés peuvent être exprimées sans craindre d’être jugé et toute l’attention est portée sur le bien être de chacun. Toutes ces conditions m’ont permis de profiter pleinement des interventions et de me forger une idée plus précise de ma future fonction.


O comme organisation : Dès le départ, les objectifs sont posés par Sylvie BRAUN. On sait où on s’engage et quel sera le contenu. Les interrogations et les doutes s’estompent laissant place à la curiosité. Les interventions se succèdent et ne se ressemblent pas tout en étant très complémentaires les unes aux autres. L’absence d’un intervenant est immédiatement remplacée évitant ainsi toute discontinuité dans les apports. Chaque moment est utilisé de manière optimale ; nous n’avons jamais l’impression de perdre du temps, bien au contraire. La durée de la formation impose une cadence assez soutenue, parfois difficile à suivre, mais le temps est précieux.

T comme travail sur soi : Cette formation implique une remise en question de soi permanente. On est à de nombreuses reprises confronté à ses propres problématiques ; les paroles, les expériences résonnent en nous. L’empathie nécessaire à toute relation thérapeutique impose que l’on puisse faire abstraction momentanément de ses affects, s’attachant particulièrement sur le non jugement de l’autre .Tous les portes ouvertes par les intervenants sur la connaissance de soi me permettent de réfléchir sur ma position de thérapeute actuel et sur les points qu’il faut que j’approfondisse.

H comme héritage : On naît avec un bagage culturel dont nous n’avons la plupart du temps pas conscience. Nous sommes confronté à un environnement sonore dès notre plus jeune âge qui façonne notre perception du monde. Il faut tenir compte de cet héritage dans la relation à l’autre puisqu’il fait appel à l’inconscient, proposant des éléments de réponse à certaines problématiques. Vincent BODU nous propose à ce sujet un questionnaire lors de la première séance en musicothérapie qui interroge l’environnement musical et sonore du patient. Il lui permet de connaître un peu plus en détail l’univers de la personne et de préparer ses montages en conséquence. 

E comme émotion : Les émotions ont été parfois inattendues, étranges (exploration de la voix grave, écoute des montages sonores, travail corporel). Tout n’est que ressenti et j’ai exploré plus en profondeur l’étonnant potentiel de la musicothérapie sur le psyché et le corps. La perte du contrôle, le laissé allé au cours de la séance de relaxation m’a déconcerté au départ pour devenir ensuite un sensation d’apaisement intense. Au cours de cette année, je suis passé successivement de la tristesse de la séparation d’avec le groupe à la joie des retrouvailles, du doute sur mon choix thérapeutiques et mes capacités à la certitude du bien fondé de mon engagement. Toutes les pistes de réflexions ouvertes par les différents professionnels ont éveillées en moi beaucoup d’interrogations qui cheminent progressivement. C’est une histoire de résonances.

R comme respiration : On la retrouve à de nombreuses reprises dans les interventions. Elle permet de recentrer son énergie, de se retrouver avec soi afin d’être plus à l’écoute de l’autre. Elle rythme la relation au patient et peut induire une diminution de l’angoisse, une réassurance chez ce dernier. Elément fondamental de la sophrologie (Anaïs de TINGUY SIMON) et de la relaxation (Sylvie BRAUN), elle induit un état d’apaisement propice aux séances. Elle donne la puissance à la voix (Pilar GARCIA) et peut s’avérer d’un aide précieuse dans la gestion d’un stress. Bien qu’elle soit de nature vitale et réflexe, il apparaît que nous ne savons plus respirer ; nous respirons à l’envers et je reste très attaché, pour ma part, à ce réapprentissage. 

A comme applications : La musicothérapie m’offre un champs d’action infini. Elle s’adresse à toutes les formes de souffrances, exprimées ou silencieuses, conscientes ou inconscientes. Elle permet la relation dans le mutisme (autisme), l’évasion dans l’enfermement (milieu carcéral), la verbalisation dans le traumatisme (petite enfance), le souvenir dans l’oubli (gériatrie). Elle s’approprie les différences culturelles et s’y adapte permettant à chacun, quel qu’il soit, d’accéder à ces bienfaits (la notion du village). Il n’existe pas de frontière au possible.

P comme partage : J’accorde un intérêt tout particulier à ce mot. Il peut, selon moi, résumer la formation dans son ensemble. Il me fait penser à ce fameux groupe 57 qui m’est si cher, à l’intérieur duquel se sont partagés une multitudes de savoirs, d’émotions, d’expériences et de moments musicaux ensemble. L’échange des idées, des opinions nous a apporté une nourriture intellectuelle d’une grande qualité, donnant la possibilité à chacun d’exprimer ses interrogations, ses croyances. Les intervenants, de part leur vécu thérapeutique, nous ont ouvert grandes les portes de la réflexion, nous apportant aussi tous les outils nécessaires à l’élaboration de notre pratique future. 

I comme improvisation : je me suis orienté dès le début vers la musicothérapie réceptive ne me sentant pas dans la capacité de faire produire quelque chose au patient, d’être dans l’improvisation. L’utilisation de montages sonores m’a semblé plus adapté à ma fonction infirmière et à la mise en place des séances. Puis, j’ai découvert peu à peu, que la musicothérapie se composait de petites tentatives et qu’il fallait se donner les possibilités de tenter. «Tout est rattrapable » nous annonçait Vincent BODU et j’ai pu alors entrevoir la possibilité d’utiliser la musicothérapie active, de créer. La rencontre avec Bernard ALET m’a permis de découvrir qu’avec peu de chose, tout est possible du moment que l’on croit à ce que l’on fait ; il faut pour cela évaluer et progresser en fonction de l’autre.

E comme Et voilà c’est fini : La formation de base est maintenant terminée. Le groupe s’est séparé mais les souvenirs resteront. Tant de choses ont été vécues ensemble que je ne pouvais ressortir intact de cette expérience musicale. Je me sens aujourd’hui plus fort et certain d’avoir fait le bon choix. Je conseille à toute personne, musicienne ou non, qui désire découvrir une autre pratique thérapeutique de s’inscrire dans cette démarche d’apprentissage. Je remercie enfin tous les acteurs de la formation pour leur présence, leur professionnalisme et leur disponibilité.


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