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THIERRY - Groupe 58
L’entretien
pédagogique avec Sylvie Braun marqua pour moi le réel
début de ma formation. Le cadre était clair, accueillant
et j’eu très vite le sentiment que l’axe principal
de travail serait la communication.
Cet entretien fut très important pour moi car je pus avouer à la
directrice de l’école, qu’en fait je n’avais
qu’une idée très floue de la musicothérapie
et que surtout ma motivation était avant tout personnelle
et non pas professionnelle.
Plus tard, je compris qu’il était primordial que ma
motivation soit avant tout personnelle.
Quitter
mes collègues de l’hôpital d’Ajaccio pour
aller faire de la musique (comme ils disent) avait quelque chose
de jubilatoire….par contre, ce fameux lundi 6 mars 2006 ,
jour de la rentrée, je n’étais pas particulièrement
fier…
Qui seront mes partenaires de jeu... ? Dans quel groupe vais je me
retrouver ? Est-ce que je vais côtoyer uniquement de grands
virtuoses ?....de grands théoriciens de la musique classique
?
J’étais très angoissé par rapport à ça,
non pas pour avoir à me comparer à eux, mais parce
que ça aurait voulu dire que je m’étais trompé d’orientation.
Quel plaisir ce fut donc de découvrir le groupe n° 58
!!!!
Treize inconnus venant d’horizons tous différents, de
cultures différentes, de milieux professionnels différents,
ayant des idées différentes, des conceptions de la
musique différentes…..La gamme d’âge s’étendant
de la vingtaine à la cinquantaine d’années.
C’était assez sympathique d’apprendre à se
connaître alors que nous abordions trois journées fondamentales
de la formation.
Tout d’abord, la pose du cadre.
S. Braun nous présenta le test de réceptivité musicale élaboré par
J. Jost, axe autour duquel s’articule les bases de la musicothérapie
réceptive. Il était important pour moi d’aborder
le sujet par un protocole de soin tel que celui-ci qui me rappelait
les méthodes de soins inhérentes à ma profession
d’infirmier. Nous avions en main un outil de soin concret,
ce qui d’emblée, me rassura beaucoup, et le fait de
le mettre en pratique dés le premier jour, nous aida beaucoup,
je pense, à entraîner cette gymnastique de l’esprit
dont nous aurions sans cesse besoin : « qu’est ce que
je ressens après une écoute musicale, et comment vais-je
l’exprimer »…..le travail était en route.
Le lendemain, nous fîmes alors la connaissance de D. Bertrand,
le maïeuticien du groupe.
Ce que nous proposait ce formateur était pour moi fabuleux
:il nous proposait de définir nous même des concepts
aussi subjectifs que « le cadre », « la musique » et « la
thérapie ».Pour ce faire, il laissait se créer
un espace de parole au sein duquel chacun apportait un élément
capable d’aboutir à une définition du terme recherché.
Je trouvais étonnant de voir à quel point les réflexions
de chacun fusaient, rebondissaient, étaient mises en résonances
entre elles, le tout savamment guidé par Dominique. Il était
clair que la dynamique de groupe s’installait, même si
au sein de celui-ci, nous nous connaissions peu.
C’est pour cela que le troisième jour fut consacré aux
présentations.
Prendre la parole un quart d’heure pour parler de soi n’est
pas forcément chose aisée pour tout le monde, et pour
cause, car il s’agit de faire le point sur l’image que
l’on a de soi ,ou du moins, sur l’image que l’on
veut donner de soi…..
Cet exercice, qui pourrait passer pour être anodin, est en
fait pour moi la clef de voûte de la formation, car accepter
de dévoiler une part de sa personnalité, c’est
accepter de devenir un sujet d’étude pour tout le groupe.
Or, tout l’intérêt de cette formation réside
en cela : rien ne sert de s’épandre sur des cours théoriques à rallonge,
mieux vaut tirer conclusions de nos expériences que nous allons
mener ensemble. A commencer par celle-ci : « qu’est ce
que j’entends dans la présentation de l’Autre »?
ou plus précisément : « qu’est ce que j’écoute
de lui dans sa présentation ? ».
Ce qui pour moi reste stupéfiant, c’est que Dominique
n’avait pas donner de consignes particulières quant à la
qualité d’écoute que nous devions requérir,
mais néanmoins ma qualité d’écoute au
discours de l’Autre s’est sensiblement modifiée
durant cette journée (et je ne fus pas le seul )…….mais
par quel mystère ?......j’ai bien une petite hypothèse
tout de même…
Je pense qu’en fait, au travers de nos propres présentations
au groupe ; nous nous adressions plus particulièrement au
formateur (car après tout, la demande de se présenter émanait
de lui), et ainsi, nous devenions tous spectateur d’un échange
privilégié entre le formateur et son stagiaire. Il
nous était alors possible d’observer ce à quoi
Dominique réagissait, ce sur quoi il avait décidait
de rebondir………nous avions en face de nous l’exemple
même d’une personne à
l’Ecoute de l’Autre.
Cette journée venait de mettre en évidence qu’il
existait “écouter“ et “Ecouter“……..et
nous étions tous là pour apprendre à
“Ecouter“.
Au terme de cette première semaine de formation, je suis rentré à Ajaccio épuisé,
avec même une certaine tristesse d’avoir quitté le
CIM. En fait, je m’étais déjà beaucoup
attaché au groupe.
Certes, j’avais lié contact avec la plupart de mes collègues,
mais le plus curieux fut de comprendre que c’était le
Groupe, en terme d’unité, qui allait me manquer.
Comme si le groupe était une individualité à part
entière, composé d’une part de la personnalité de
chacun de ses membres.
Une chose était sûr, cette formation n’allait
pas faire que répondre à mes questions…..elle
allait en soulever beaucoup d’autres……..
De nombreux
autres temps forts sont venus ponctuer la formation.
Je pense en particulier à l’exercice que S. Braun nous
avait soumis : se présenter en musique à l’aide
d’un montage !
La minceur de l’énoncé ne voulait pas dire que
ce serait tache facile ! Bien au contraire .Il m’a fallu du
temps pour comprendre que le plus authentique des travaux que je
pourrais rendre n’était autre que l’unique test
que j’avais fait ! Car ce test, je l’ai réalisé sans
me soucier de l’image de moi que je voulais renvoyer. Je l’avais
fait pour me faire plaisir ! donc, je le considérais comme étant
sûrement le plus proche de ce qui pouvait me définir.
C’est sans doute pour cela que Sylvie pu me faire une démonstration
en directe de “lecture“ de ma musique tout en me posant
les questions justes qui aller me permettre de verbaliser……
Ce fut riche en émotions, mais surtout efficace en terme de
pédagogie car à nouveau nous faisions l’expérience
de l’échange.
Une autre préparation musicale nous fut proposée par
D. Laudet dans le cadre d’un exercice sur le test de réceptivité musicale
et sur les cellules sonores.
Le cours sur les cellules sonores fut sans doute le plus théorique
des cours de la formation et c’est d’ailleurs celui qui
m’a demandé le plus de prises de notes. Et pour cause,
car nous y abordions un vocabulaire auquel j’étais complètement étranger.
Le fameux solfège faisait enfin son apparition….point
d’orgue, tutti, appoggiatures…..J’étais
perdu mais surtout frustré de ne pas pouvoir suivre toutes
les explications. Ce n’est qu’à la fin du cours
que je pris enfin conscience que le plus important n’était
pas de connaître un terme technique exact, mais de savoir ressentir
l’émotion quand elle surgit de la musique et entre en
résonance avec le Moi.
Je pense qu’après ce cours, ma façon d’écouter
la musique s’est considérablement modifiée. La
préparation musicale à partir d’un cas clinique
fut, quant à elle, plus périlleuse. Mais ce qui est
remarquable, c’est que nous ayons tous beaucoup appris en partageant
les erreurs de chacun. Cette journée fut très riche
en échanges (de tous genres, d’ailleurs), et mon seul
regret reste que l’on ne nous ai pas proposé un second
essai.
Le troisième et dernier montage était à nouveau
proposé par Sylvie dans le cadre d’un cours sur la théorie
de la relaxation.
Grâce à cet exercice, j’ai découvert un
style musical que je ne connaissais pas et j’ai aussi appris à utiliser
un logiciel de traitement audio. Cela aide considérablement à comprendre
que la structure musicale tente d’entraîner un rythme
physiologique humain (fréquence cardiaque, fréquence
respiratoire).C’est ce qui a motivé mon intérêt
pour proposer des séances de détente psychomusicale
en service de réanimation. (ce sera d’ailleurs mon sujet
de mémoire).
Je pense que ces trois travaux pratiques nous ont permis d’appréhender
la “matière“ musicale sous différentes
formes, de sa technique à son pouvoir émotionnel. Ils
ont permis de mettre en évidence que la musique entretient
des liens très étroits avec notre propre inconscient
et quelle peut permettre, dans un cadre thérapeutique, de
sonder le Moi le plus profond. Il existe bien une relation intime
entre l’homme et la musique, et ce depuis la nuit des temps…
C’était le rôle de Dominique Bertrand de faire
le lien entre la musique, la psyché et la thérapie.
Toutes les semaines nous abordions un concept psychanalytique différent.
Le Moi, le Ca, le Surmoi, l’image de Soi, le rapport de l’Homme
aux autres, à l’argent, au sexe, au père, à la
mère, à l’univers, à la vie, à la
mort……. Ces sujets furent traités toujours sur
le mode de la discussion et du partage d’idées en groupe,
puis nous faisions un exercice pratique en nombre plus limité (par
2 ou 3 stagiaires).
Cela me permit de constater que c’est au travers de l’Autre
que l’on apprend à se connaître Soi, d’ailleurs ça
soulève une question fondamentale“sans l’Autre
le Moi a-t-il une raison d’exister ?’’.
C’est sans doute cela la clef de la thérapie……..le
thérapeute est en quelque sorte le bouc émissaire de
son patient, celui qui déjà, par sa simple présence
et par sa qualité d’écoute apporte la preuve
au patient qu’il existe, qu’il vit bel et bien.
A cela, l’étude du mythe de Narcisse fait écho….Je
pense que le patient (le souffrant) est alors en pleine remise en
question de sa propre image qui se trouve perturbée ; la souffrance
implique chez lui un repli sur Soi, mais en plus, l’incite à consulter,
ce qui pourrait être la preuve qu’il a conscience de
ne pas pouvoir “s’en sortir tout seul“.
Fort de l’implication volontaire du patient dans la thérapie,
le thérapeute se doit d’écouter activement tout
ce qui est dit, mais aussi tout ce qui est tu, afin de percevoir
l’émotion derrière le mot, l’hésitation
dans la voix, une lueur dans le regard……Faire avancer
le patient dans sa réflexion sur lui-même, le guider
toujours avec bienveillance, l’inviter à verbaliser
ce qu’il ne s’entend pas exprimer.
Dominique a su nous lancer dans une dynamique de réflexions
sur nous même, dynamique nécessaire pour mieux comprendre
comment l’Autre peut fonctionner psychiquement.
Grâce à cela, toutes les interventions de la formation
ont pu entrer en résonance, dans la mesure ou chaque intervenant
nous a fait tester sa propre façon de pratiquer la musicothérapie
Il nous était alors possible à tous de tirer bénéfices
de chaque expérience des différents intervenants en
fonction de la technique avec laquelle ils avaient choisis de travailler
: travailler avec le rythme (J.M . Bolangassa), avec la voix (P.
Garcia), avec les musiques préférées ou détestées
(V. Bodu), avec les vibrations (H. d’ Hennezel), avec la culture
de l’ Autre (P. Benichou)……..et ce auprès
de différents publics (personnes âgées, nourrissons,
enfants, patients psychiatriques névrotiques ou psychotiques,
en individuel ou en groupe…).
Christine Mulard, quant à elle, nous enseigna l’art
d’être présent dans la relation pour soi, pour
l’Autre…….
Ainsi, au terme de cette formation, nous possédons tout un éventail
théorique et pratique nous permettant de créer notre
propre axe de travail en fonction de nos capacités et de nos
affinités. La phrase que Sylvie Braun nous prononça
au début de la formation : “ Il existe autant de façons
de pratiquer la musicothérapie qu’il existe de musicothérapeute“ prend
alors tout son sens…
Le bilan
de cette formation est pour moi très positif, tant sur le
plan personnel que sur le plan professionnel.
Car dans le fond, je pense que l’on ne peut dissocier les deux,
dans la mesure où il s’agit de mon rapport à moi-même
qui s’est modifié, donc forcément retenti sur
mon rapport à l’autre, et ce dans n’importe quel
milieu.
Sans forcément parler de cadre thérapeutique, ma capacité d’écoute
s’est accrue, que ce soit avec mes enfants, mes amis, mes patients
en gériatrie ou alors mes collègues.
Il est aussi intéressant de noter que la formation imprime
une dynamique d’enrichissement intellectuel par l’absolue
nécessité de lire de nombreux ouvrages.
La formation m’a aussi donné les moyens de croire en
mon projet .Elle m’a donné les bases pour devenir musicothérapeute,
mais maintenant tout me reste à faire, à construire....
Par chance, la musicothérapie est accueillie à bras
ouvert à l’hôpital d’Ajaccio……achat
de 8 chaînes Hi-Fi pour le service de réanimation, constitution
de groupes de travail, sensibilisation au personnel, sujet principal
du film représentant le service au Festival du film de la
Santé……Sentir une équipe impliquée à ses
côtés est très motivant même si ça
met un peu de pression……
Je pense que le CIM m’a bien préparé…….je
suis pressé de passer à la pratique…
Je tiens à remercier avant tout, chaque membre du groupe n° 58
pour s’être dévoilé avec autant de courage
et ainsi apporter la matière nécessaire pour que l’enseignement
délivré soit d’aussi bonne qualité. Je
pense aussi aux trois stagiaires qui ont quitté la formation
en quatrième semaine.
Je remercie bien sur tous les formateurs et intervenants pour nous
avoir fait partager leur expérience toujours avec bonne humeur
et dans un cadre chaleureux…
Merci à tous….
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