Mémoire de Armelle LEJAY
Soutenu le 19 juin 2007
 
  Anorexie mentale et musicothérapie - Quand l’intérieur se joue à l’extérieiur

Mention
Très Bien

 
Résumé

Etre hospitalisée pour anorexie mentale est une situation difficile à vivre pour la patiente et sa famille. En effet, il est inconcevable pour la jeune fille de se voir maigre et donc compliqué pour cette dernière de prendre conscience de son image corporelle telle que nous la percevons dans la réalité. A l’hôpital Montsouris, l’équipe pluridisciplinaire (médicale et paramédicale) travaille avec un contrat de poids déterminé à l’entretien d’admission et qui définit, entre autre, le cadre de l’hospitalisation. Notons également que le mode d’hospitalisation est libre ce qui implique l’accord du patient aux soins qui sont prodigués. Mais comment ces adolescentes arrivant en état de dénutrition peuvent elles envisager des soins alors qu’elles montrent une grande souffrance à vivre et qu’on leur impose des règles strictes de vie ? (Séparation avec la famille et l’environnement proche, présence aux repas thérapeutiques, aux entretiens, aux ateliers thérapeutiques…).
« C’est pire que la prison ». Il m’est arrivée d’entendre à plusieurs reprises ces quelques mots au détour d’un couloir ou pendant un entretien. Ces jeunes en souffrance physique et psychique se voient contraintes pour un temps non déterminé en avance, de rester dans les murs de l’hôpital et se sentent pour la plupart enfermées, même si la porte du service reste toujours ouverte (rappelons que le mode d’hospitalisation est libre).
Il me semble important de souligner que le sentiment d’être emprisonné n’est pas alors uniquement engendré par l’hospitalisation. En effet, ces jeunes filles se sentent également enfermées dans leur tête et leur hyperactivité mentale, un des symptômes entre autre de leur maladie, ne les aide pas à en sortir. Or, « l’homme devient ce à quoi il pense et ce à quoi il pense est fortement influencé par la parole et la musique » (Guide pratique de la musicothérapie. Par le Dr Léon Bence, p11). Dans un tel contexte il paraît donc intéressant, par rapport à cette maladie bien particulière qu’est l’anorexie mentale, de travailler sur les notions d’intérieur et d’extérieur, (contrat de soins mais aussi les notions de « dedans et dehors » par la représentation du schémas corporel…)
Ainsi l’idée du « voyage sonore » m’est apparue. J’ai émis l’hypothèse que si les patientes oubliaient l’hôpital le temps d’un « voyage sonore », elles pourraient peut être accéder plus facilement à une introspection*(cf. glossaire).
En effet, mon métier d’infirmière en psychiatrie depuis six ans auprès de jeunes en difficulté m’a amenée à comprendre que la verbalisation des émotions et du ressenti est nécessaire pour la reconstruction de soi. Alors, la musicothérapie peut elle servir de support à ces échanges ? Son utilisation (aussi bien active que réceptive) pourrait elle être une ouverture sur l’extérieur dans un premier temps (oubli de l’hospitalisation et du sentiment d’être enfermée, ouverture sur les autres, découverte d’autres modes de communication, de culture…) pour aider à se tourner dans un deuxième temps vers ses propres émotions*, sensations* ? On dit souvent qu’il faut d’abord s’aimer soi même pour aimer les autres, mais l’inverse n’est il pas possible ? Ne peut on pas trouver dans l’autre suffisamment de ressources et d’intérêts pour se dire que ces valeurs trouvées en autrui valent la peine d’être vécues par soi même ? En résumé, s’ouvrir aux autres, prendre conscience d’une autre existence de vie, ressentir dans sa tête et dans son corps pour s’écouter, se redécouvrir de façon positive, et donc exister…
Voici donc mon hypothèse de travail qui découle de ces réflexions : Le voyage sonore est il un outil thérapeutique permettant à la patiente anorexique hospitalisée de retrouver le sentiment d’exister ?
L’idée directrice de cette étude est de démontrer ou non cette hypothèse avec l’aide de différents supports : observation et analyse du travail de musicothérapie dans un groupe fermé de patientes souffrant d’anorexie mentale, et analyse de questionnaires.
 
 
 

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