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Résumé
La musique, en particulier la pratique du chant, est-elle
un puissant catalyseur didac-tique ? En quoi les hypothèses
de la musicothérapie, les techniques psychomusicales,
peuvent-elles faciliter un apprentissage, quel qu’il
soit ? C'est à quoi tente de répondre la recherche
présentée dans ce mémoire.
C'est revenir
sur un aspect particulier d'une question bien plus vaste et
qui concerne autant les thérapeutes et les linguistes
que les acteurs, les poètes et les rhéteurs ...
entre autres . On pourrait la formuler ainsi : « quelles
sont les relations entre le non-verbal et le verbal, entre
l'analogique et le digital? que reste-t-il du non-verbal au
coeur même de l'interaction linguistique? » Ou
encore « quelle part revient à la musique dans
la communication verbale? et à la théâtralité? »
Ezra
Pound (1) prétend que la littérature tisse ou
tresse trois « espèces de poésies » :
la logopée - « la danse de l'intellect parmi les
mots » , la phanopée - « la projection d'images
sur l'imagination visuelle » et la mélopée
- « une certaine propriété musicale qui
(...) gouverne l'acheminement de la signification . » Grimbert
considère cette musicalité bourdonnant dans les
mots comme un héritage de notre préhistoire :
la nôtre et celle de toute l'espèce humaine.
Le
projet du « Chameau qui pleure » se propose de
revisiter ces questions avec des enfants de 9 à 13 ans.
Ils sont 45 , parmi lesquels 5 sont handicapés et 24
fréquentent une école en « discrimination
positive » : peuvent-ils entrer en résonance avec … 7
langues étrangères rien qu'en écrivant/
jouant deux comédies musicales de 35 minutes chacune,
chacune intègrant 7 chansons en 7 idiomes différents
?
« La transmission ne convient que pour des informations,
pas pour de véritables savoirs » (2). C’est
quelque considération de cet ordre qui m’a fait
proposer à ces deux classes de chanter « L’histoire
du chameau qui pleure » sur un livret de leur invention.
Il ne s’agissait pas d’un simple karaoké mais
d’une véritable (ré)initiation à la
violence du signifiant (Lacan) , de la culture, de la rencontre
avec l’ autre en soi.
Que là où la transmission
ne suffit pas, il faille un psychothéraprof, c’est
ce qu’a compris aussi Hélène, l’analyste
d’Orion, l’enfant psychotique du roman d'Henri
Bauchau : « L’enfant bleu » :
- Madame (
est psychothéraprof) quand elle fait de la guitare AVEC
nous ou des dictées d’angoisse. ON PARLE et madame
pas, mais ce qu’elle écrit, c’est comme
si on l’avait écrit tous les deux. (3)
Le ou la
Psychothéraprof, c’est donc un maître qui
joue, qui joue avec, qui se tait aussi, qui écoute,
qui prend des risques parfois.
Ma conviction est qu'un véritable
professeur, surtout s’il enseigne les langues, doit être
un Psychothéraprof, parce que, psychotique ou non, l’infans
accède au logos via le chant (4).
Ainsi, Michel Wambach
(5) intègre-t-il
, en musicothérapeute qui s’ignore, la créativité et
l’art-thérapie dans sa pédagogie socio-cognitivo-constructiviste,
proposant des ateliers rythmiques- corporels dans les cours de
L1, L2, mais aussi … de math et de sciences naturelles
, des techniques d’expression et de communication - ce
qu'il appelle des praxis d’ouverture ….. (6)
C’est
que, si l’onde musicale- nombre et rythme – est EN
SOI digitale (7), sa production et sa réception concernent
AUSSI l’analogique (8) : par la musique, les deux hémisphères
cérébraux- et donc tout l’être- sont
mobilisés. Idéal pour le psychothéraprof
puisqu’ « Eduquer, (pour lui) c’est étendre à tous,
dans tous les domaines, le pouvoir de comprendre et de transformer
le monde. » (Wambach ibid).
Pour en revenir à l’expérience
du « Chameau qui pleure », son objectif, ce n’est
pas la maîtrise de plusieurs langues étrangères,
c’est l’entrée dans le système de l’autre
langue , à hauteur à peu près des compétences
d’un natif de 5 ou 6 ans. Ce Socle de « grammaticalité » (9)
devrait permettre à l’apprenant de résister
ensuite aux menées pseudo scientifiques des grammairiens
et des didacticiens en tous genres.
L’expérience
vise aussi – on a évoqué sa pratique à propos
des personnages de Bauchau - à développer la créativité des
sujets, c’est-à-dire, leur capacité à élaborer « des
formes que le désir peut habiter » (10)
1) Ezra Pound « Comment lire? » in
Cahiers de l'Herne, Paris, 1965, p.69 Et plus loin : « La
musique est peut-être le pont entre la conscience et
l'univers non-pensant, sensitif ou même insensitif » (ibid
p.73) Cette conception inspirera notre modèle d'appren-tissage
(sic) des langues en 4 moments ( pp.29 et suivantes )
2) Astolphi
97, repris par Michel Wambach «Méthodologie des
langues en milieu multilingue », Nordic african studies,
13, 2004
3) Henri Bauchau, L’enfant Bleu, Actes Sud, 2004,
p 283
4) Philippe Grimbert Psychnalyse de la chanson, Hachette Littérature,
2004
5) Michel Wambach «Méthodologie des langues
en miliieu multilingue, nordic journal of African studies, 13(1)
101-103 ,2004, p106.
6) Ibid pp.111/112
7) Dominique Bertrand ,
Aix, 9/11/2007
8) Sylvie Braun , Aix; 21/9/2006
9) Nicolas Ruwet « Introduction à la
grammaire générative », Plon 1973
10) Dominique
Bertrand bid
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