Mémoire de Jean DAVISTER
Soutenu janvier 2009
 
  Musicothérapie et didactique des langues

Mention
Assez Bien

 
Résumé

La musique, en particulier la pratique du chant, est-elle un puissant catalyseur didac-tique ? En quoi les hypothèses de la musicothérapie, les techniques psychomusicales, peuvent-elles faciliter un apprentissage, quel qu’il soit ? C'est à quoi tente de répondre la recherche présentée dans ce mémoire.

C'est revenir sur un aspect particulier d'une question bien plus vaste et qui concerne autant les thérapeutes et les linguistes que les acteurs, les poètes et les rhéteurs ... entre autres . On pourrait la formuler ainsi : « quelles sont les relations entre le non-verbal et le verbal, entre l'analogique et le digital? que reste-t-il du non-verbal au coeur même de l'interaction linguistique? » Ou encore « quelle part revient à la musique dans la communication verbale? et à la théâtralité? »

Ezra Pound (1) prétend que la littérature tisse ou tresse trois « espèces de poésies » : la logopée - « la danse de l'intellect parmi les mots » , la phanopée - « la projection d'images sur l'imagination visuelle » et la mélopée - « une certaine propriété musicale qui (...) gouverne l'acheminement de la signification . » Grimbert considère cette musicalité bourdonnant dans les mots comme un héritage de notre préhistoire : la nôtre et celle de toute l'espèce humaine.

Le projet du « Chameau qui pleure » se propose de revisiter ces questions avec des enfants de 9 à 13 ans. Ils sont 45 , parmi lesquels 5 sont handicapés et 24 fréquentent une école en « discrimination positive » : peuvent-ils entrer en résonance avec … 7 langues étrangères rien qu'en écrivant/ jouant deux comédies musicales de 35 minutes chacune, chacune intègrant 7 chansons en 7 idiomes différents ?

« La transmission ne convient que pour des informations, pas pour de véritables savoirs » (2). C’est quelque considération de cet ordre qui m’a fait proposer à ces deux classes de chanter « L’histoire du chameau qui pleure » sur un livret de leur invention. Il ne s’agissait pas d’un simple karaoké mais d’une véritable (ré)initiation à la violence du signifiant (Lacan) , de la culture, de la rencontre avec l’ autre en soi.

Que là où la transmission ne suffit pas, il faille un psychothéraprof, c’est ce qu’a compris aussi Hélène, l’analyste d’Orion, l’enfant psychotique du roman d'Henri Bauchau : « L’enfant bleu » :
- Madame ( est psychothéraprof) quand elle fait de la guitare AVEC nous ou des dictées d’angoisse. ON PARLE et madame pas, mais ce qu’elle écrit, c’est comme si on l’avait écrit tous les deux. (3)
Le ou la Psychothéraprof, c’est donc un maître qui joue, qui joue avec, qui se tait aussi, qui écoute, qui prend des risques parfois.

Ma conviction est qu'un véritable professeur, surtout s’il enseigne les langues, doit être un Psychothéraprof, parce que, psychotique ou non, l’infans accède au logos via le chant (4).
Ainsi, Michel Wambach (5) intègre-t-il , en musicothérapeute qui s’ignore, la créativité et l’art-thérapie dans sa pédagogie socio-cognitivo-constructiviste, proposant des ateliers rythmiques- corporels dans les cours de L1, L2, mais aussi … de math et de sciences naturelles , des techniques d’expression et de communication - ce qu'il appelle des praxis d’ouverture ….. (6)

C’est que, si l’onde musicale- nombre et rythme – est EN SOI digitale (7), sa production et sa réception concernent AUSSI l’analogique (8) : par la musique, les deux hémisphères cérébraux- et donc tout l’être- sont mobilisés. Idéal pour le psychothéraprof puisqu’ « Eduquer, (pour lui) c’est étendre à tous, dans tous les domaines, le pouvoir de comprendre et de transformer le monde. » (Wambach ibid).

Pour en revenir à l’expérience du « Chameau qui pleure », son objectif, ce n’est pas la maîtrise de plusieurs langues étrangères, c’est l’entrée dans le système de l’autre langue , à hauteur à peu près des compétences d’un natif de 5 ou 6 ans. Ce Socle de « grammaticalité » (9) devrait permettre à l’apprenant de résister ensuite aux menées pseudo scientifiques des grammairiens et des didacticiens en tous genres.

L’expérience vise aussi – on a évoqué sa pratique à propos des personnages de Bauchau - à développer la créativité des sujets, c’est-à-dire, leur capacité à élaborer « des formes que le désir peut habiter » (10)


1) Ezra Pound « Comment lire? » in Cahiers de l'Herne, Paris, 1965, p.69 Et plus loin : « La musique est peut-être le pont entre la conscience et l'univers non-pensant, sensitif ou même insensitif » (ibid p.73) Cette conception inspirera notre modèle d'appren-tissage (sic) des langues en 4 moments ( pp.29 et suivantes )
2) Astolphi 97, repris par Michel Wambach «Méthodologie des langues en milieu multilingue », Nordic african studies, 13, 2004
3) Henri Bauchau, L’enfant Bleu, Actes Sud, 2004, p 283
4) Philippe Grimbert Psychnalyse de la chanson, Hachette Littérature, 2004
5) Michel Wambach «Méthodologie des langues en miliieu multilingue, nordic journal of African studies, 13(1) 101-103 ,2004, p106.
6) Ibid pp.111/112
7) Dominique Bertrand , Aix, 9/11/2007
8) Sylvie Braun , Aix; 21/9/2006
9) Nicolas Ruwet « Introduction à la grammaire générative », Plon 1973
10) Dominique Bertrand bid

 
 
 

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