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Résumé
Repli sur soi, isolement, perte du goût de vivre, témoignent
des difficultés éprouvées par les personnes
qui sont hébergées dans les unités de
long séjour gériatrique. Confrontées à de
nombreuses pertes qui affectent le sentiment d’identité et à un
environnement peu favorable à son maintien, la
personne âgée fragilisée présentant
un syndrome cognitivo-mnésique subit une véritable « hémorragie » narcissique
avec perte de la reconnaissance et de l’estime qu’elle
avait d’elle-même. Travailler au maintien d’un
bon narcissisme apparaît donc essentiel puisqu’il
est le moteur de l’estime de soi et de la continuité de
l’identité.
L’environnement hospitalier et son cadre de vie peu souple, le poids d’une
organisation qui ne contribue pas forcément à préserver
l’autonomie et la logique résolument médicale de la prise
en charge, n’incitent pas la prise en compte de cette perte identitaire.
A ce tableau s’ajoute un environnement familial qui éprouve lui-même
des difficultés à reprendre ses marques et à assumer un
accompagnement efficace de leurs proches.
Les personnes atteintes de SCM présentent le plus souvent
des défaillances sensorielles et cognitives engendrant
des conséquences multiples : perte de la capacité de
compréhension, de mémoire, d’attention,
difficultés de langage. Ces défaillances ont
un impact sur leur perception du monde et leur capacité de
communication.
La communication chez ces personnes se fait alors essentiellement
sur un mode non verbal.
Comprendre la façon dont ces personnes perçoivent
le monde et quels sont les ressorts de leur communication,
dont notamment l’importance du langage corporel et de
ses émotions, devient indispensable avant de pouvoir
envisager ce que peut être un travail de revalorisation
narcissique.
Les souvenirs heureux contenus dans la mémoire émotionnelle
positive méritent d’être sollicités.
De toutes les mémoires, la mémoire émotionnelle
est celle qui reste la mieux préservée,
pour peu que l’on puisse la mobiliser chez ces personnes.
La revalorisation narcissique passe par ce partage d’émotions
positives où le plaisir et la joie peuvent contribuer à valoriser
la personne, en lui redonnant de la confiance et de l’estime
qu’elle a d’elle-même.
Dans ce cadre, la place de la musicothérapie s’avère
indiquée puisqu’elle s’adresse à toute
personne en retrait sur le plan de la relation, son objectif étant
de rétablir des canaux de communication.
La musique, grâce à sa dimension temporelle et
son langage essentiellement symbolique, a une résonance
particulière. Elle permet, particulièrement chez
les personnes atteintes de SCM, de franchir l’univers
de l’intellect pour rejoindre celui de l’émotion
et de l’intuition et ainsi, de redonner à la personne
la capacité d’exister, de réveiller son
désir et de lui redonner un peu de sa confiance.
Dans ce contexte, l’importance d’un cadre thérapeutique
en musicothérapie est essentielle. Il veille à se
mettre à la portée de chacun, en offrant un environnement
sécurisant et rassurant.
La mise en pratique de l’ensemble de cette réflexion
dans le cadre d’un atelier de musicothérapie en
groupe que j’ai animé, s’est avéré particulièrement
intéressant, de sa genèse à son déroulement.
Le choix des patients, l’élaboration d’objectifs
thérapeutiques, le choix des méthodes, le lieu
et les instruments utilisés, le déroulement et
l’évolution des séances, ainsi que l’analyse
de cet atelier permettent de répondre, pour partie, à l’hypothèse
posée au départ : l’atelier de musicothérapie
peut-il contribuer à la revalorisation narcissique des
personnes souffrant de troubles mnésiques et cognitifs ?
Les comportements observés montrent que ces personnes ont pu retrouver
certaines capacités d’expression, se traduisant notamment par une
redécouverte du langage corporel en tant qu’instrument expressif,
la redécouverte de soi et des autres notamment par le partage de souvenirs
communs.
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